V. Stratégies du choc. Tragédie planétaire. Europe, Résistance, Hospitalité politique –Cinq propositions

Marie-Claire Caloz-Tschopp

« Que faire ? (…) C’est collectivement, dans et depuis des luttes qu’on peut créer nos stratégies et mouvements de libération ;  (…). « les formes d’accumulation et de pouvoir qui émergent partout depuis l’origine du capitalisme et jusqu’à maintenant sont basées sur des processus de dépossession de nos capacités d’autonomie et d’autoorganisation ».

Mathieu Rigouste, Entretiens, Etat d’urgence et business de la sécurité, Paris, nietédition, 2016, p. 65.

Plan

  • Introduction
I. Europe. Ce que nous voulons: cinq propositions pour une politique d’anti-violence
  • Introduction
  • Trois considérants
  • Cinq propositions
  1. Abolition de Frontex, transformation de l’ONU et création d’une nouvelle Instance transversale d’Hospitalité politique.
  2. Droit international, ONU.
  3. Des structures internationales pour une souveraineté des « peuples ».
  4. Villes-refuges. Des pratiques d’autonomisation et d’autoorganisation de la souveraineté.
  5. Hospitalité politique par la Résistance de rupture, traduction dans dix actions concrètes.
II. Europe. Ce que NOUS NE VOULONS PAS
  1. 1968-2000. Ce que nous a appris le tournant du « laboratoire » Schengen.
  2. Et la Suisse ?
  3. De cette Europe nous n’en voulons pas.
  4. De quoi est-il question dans la Résistance de rupture ?
  5. La portée du travail de mémoire au présent
  6. La migration n’est ni un marché, ni une catastrophe « naturelle », ni un marché, ni rapport d’apartheid.
  7. Résistance de rupture : une politique d’anti-violence.
  8. Philosophie et Politique. Résistance de rupture dans la pensée & l’action
  9. Ce qui a compté finalement
III. ouverture. Réflexions finales
  • Conclusion

Introduction

« L’impérialisme n’a pas pris fin, n’est pas soudain devenu « du passé » avec la décolonisation, le grand démantèlement des empires classiques. Il a légué de multiples relations qui lient toujours l’Algérie, la France ou l’Inde et la Grande-Bretagne. D’importantes populations nouvelles de musulmans, d’Africains, d’Antillais, venus des anciens territoires coloniaux résident aujourd’hui en Europe. Même l’Italie, l’Allemagne et la Scandinavie doivent faire face à ces migrations, qui, si elles résultent très largement de l’impérialisme et de la décolonisation».

Saïd Edward W., Culture et impérialisme, Paris, éd. Fayard, Le Monde diplomatique, 2000, p. 394.

Stratégies du choc[1] où la violence illimitée est la règle en déniant, son imprévisibilité, ses « effets boomerang » (Rosa Luxemburg). Tragédie planétaire où les politiques de la mort de masse et de disparitionsont devenues des faits de « décivilisation » abyssales (Bozarslan, 2020)[2]. Nous l’avons évoqué dans le projet à propos du tournant impérialiste XIXe-XXe siècle ancré dans l’histoire coloniale, de l’histoire du XXe siècle (Auschwitz et Horoshima, génocides, pillage, écrasement des peuples), de l’histoire des dictatures latino-américaines où les politiques de disparition ont été une des figures de l’extrême violence politique confinée à un continent, qui a un longue histoire ailleurs aussi et dont on retrouve des traces aujourd’hui dans les politiques migratoires, des droits sociaux, des réfugiés dans les camps, les prisons[3], des peuples et des minorités, de la démographie, de la santé, du travail, de la formation, etc..

Le « modèle Kissinger », le « plan Condor » de violence impériale à l’œuvre en Amérique latine dés les années 1950-1960 a montré qu’il ne s’agit pas de simples « dictatures », d’un simple changement de « régime politique ». Les « laboratoires » de décivilisation ont transformé radicalement la politique et ses catégories en s’étendant sur la planète. L’expérience de la violence nous  a appris que la question ne se décrit pas avec des catégories de science politique, de philosophie politique et ne se limite pas à de la stratégie de pouvoir. Les empires se reconfigurent dans des contextes nouveaux depuis la fin du communisme en posant de nouvelles questions.

Avec la colonisation, l’impérialisme, les développements du capitalisme, l’invention de la mort de masse, les politiques de disparition, laisse des traces indélébiles. Le défi est de distinguer pouvoir de domination et pouvoir d’action (Arendt, Weil), de se déplacer du pouvoir à la violence (Balibar) pour construire une politique de l’anti-violence. La violence destructrice constitutive de la politique reste l’aporie tragique. Elle déplace radicalement la question de l’hospitalité appelée à changer de statut, à jouer un rôle majeur en devenant politique au sens le plus général.

Un déplacement philosophique et politique radical a été dégagé pour (re)penser en quoi et par quelles voies l’hospitalité peut devenir politique aujourd’hui à la mesure d’une politique du tragique au XXIe siècle. En arrivant à la fin du projet, il est possible de tirer un fil entre l’Europe, la Résistance, l’Hospitalité politique pour en arriver à formuler cinq propositions qui concernent une refondation de l’Europe et de la Politique.

Quoi de commun entre le Chili de Pinochet, la Grèce de 2010, la dénonciation de la « servitude » (1944) ? Quoi de commun entre des appels au « courage » pour lutter contre le socialisme, le communisme à la sortie de la deuxième guerre mondiale déclamé sucessivement au bord du lac Léman par Friedrich Hayek[4] et deux livres « blancs »[5] (1995, 2005) néo-ultra-total-libéraux dans les années 1980 en Suisse, la crise de 2008, et l’invention de Dublin déléguant la responsabilité du droit d’asile aux pays de « premier acceuil » ? L’adage de Foucault, « faire vivre et laisser mourir » nous installe devant le théâtre des vaccins du Covid, les scènes d’horreur aux frontières, dans les camps, de la précarisation du travail, la faim, dans les pays les plus pauvres, atteint les classes moyennes avec la mise au pas des non conformes avec les nouveaux outils technologiques du capitalisme du contrôle. En 2013, Noémie Klein a parlé de « stratégie du choc ». Quelle tragédie ? Au Ve siècle avant J.C., les poètes Eschyle et Sophocle ont mis en scène la tragédie grecque. Aujourd’hui, la tragédie de la mortalité de masse a changé de visage. Derrière le masque du capitalisme globalisé que voir ?

La planète Terre est aux prises avec des stratégies brutales du choc dans des « laboratoires » d’essai ancrés dans les guerres de conquêtes, la colonisation, l’impérialisme et le néo-l’ultra-total libéralisme.  Les pratiques de surexploitation, de destruction sécuritaires entre des politiques de terre brûlée,  la technique des pêcheurs à l’espadon pour harponner leur proie, lui donner l’illusion qu’elle peut s’enfuir, la soumettre, la tuer. Consentir à une « obéissance de cadavre » disait déjà Rosa Luxemburg en s’opposant à la guerre de 1914-1918 ou alors se débattre dans la mer, jusqu’à l’épuisement comme l’espadon, tel est le faux dilemme raconte le leader de Syriza en Grèce, Alexis Tsipras harponné et pris dans les filets des banques européennes, entre espoir et reniement ?

En allant de la guerre d’extermination de Troie et l’exil d’Ulysse et Pénélope jusqu’au desexil de l’exilde millions d’exilé.e.s aujourd’hui dans les pratiques de résistance du droit de fuite. Voilà le dilemme dans l’histoire de longue durée. Dans nos recherches, nous avons inventé un outil de résistance, le postulat exploratoire traduit en question : serions-nous toutes et tous exilé.e.s en desexil de l’exil ? [6]  Quelle tragédie, quelle philosophie, quelle politique pouvons-nous pratiquer ?

Dans les années 1980 avec le tournant de Schengen, grâce au chercheur en droit, Jean-Yves Carler proposant des visas de court séjour, nous avons en mémoire le film de Angelopulos, Le pas suspendu de la cigogne. Aujourd’hui, alors même que les travailleurs immigrés de l’eldorado du Golf sont forcés au retour[7], l’étape du saut des exilés suspendus au-dessus des frontières paraît dérisoire.

Avec les guerres exportées, les morts aux frontières, la généralisation des camps, leur sous-traitance dans les pays comme L’Erytrhée, le Rwanda (Danemark), l’imbrication entre les politiques sécuritaires et les nouvelles technologies, Schengen, Dublin, Frontex, on peut tirer un autre fil de mémoire de l’histoire du cinéma en visionnant Adults in the room (2019), Etat de siège (1973) et Missing (1982) de Costa Gravas. Tirer ensemble les fils de la pelote de  l’idéologie de « Sécurité nationale » de Pinochet et de l’ultra libéralisme de l’Ecole de Chicago dans le laboratoire du Chili, des généraux argentins des politiques de « disparition », le cynisme d’un Zuckerberg de Facebook, d’un banquier spéculateur du Crédit suisse perdant des milliards, d’une Allemagne imposant ses mesures drastiques au peuple grec, permet d’imaginer, de réaliser l’ampleur, la nouveauté de la tragédie imposée par le capitalisme de destruction globalisé.

Deux Grèces, deux peuples, deux époques, deux lieux. La tragédie de la vie et de la mortalité des Grecs du Ve siècle av. J.C. qui a forgé la civilisation gréco-occidentale a fait place à la tragédie de la mortalité de masse planétaire des génocides, guerres d’extermination,  torture globalisée, pillages, et des flots d’exilés en fuite pour leur survie. La tragédie philosophique et politique des Grecs d’aujourd’hui a un nouveau visage. La démesure du pouvoir de violence est devenue exponentielle, imprévisible, illimitée dans une planète limitée.

La scène dans le petit théâtre de 500 places où Socrate, dans un procès mémorable[8] s’affrontait à Mélétos, Anytos, Lycon dans l’Athènes de 300.000 habitants et de 45.000 citoyens a pris la dimension de la planète. La nouvelle tragédie se joue partout. Le capitalisme globalisé impose une nouvelle unité de temps et de lieux à la planète. Loin de ne concerner que les migrant.e.s désignés comme ennemis pour troubler le regard et les passions, elle nous concerne toutes, tous.

Alors est-il encore possible d’espérer, d’agir ? On a pu voir dans plusieurs textes de la base de données, que l’élaboration de la résistance, en se déplaçant, en refusant le marché dangereux de la violence sécuritaire, apportent un souffle, un nouvel imaginaire, des éléments pour élaborer les liens de la nouvelle tragédie et de la Résistance de rupture. Le pire n’est pas certain. Une autre Europe, un autre monde sont possibles.

Déconstruire des mensonges produits par le complexe militaro-instrustriel d’aujourd’hui[9], renforcé par les armes, technologies de guerres. Redécouvrir l’imaginaire social-historique de la liberté, de l’égalité, de la solidarité, enfoui dans l’histoire de la philosophie, dont parle Castoriadis[10]. Comprendre la radicalité du « droit d’avoir des droits » d’Arendt[11], traduit en « droit de fuite », en auto-organisation des réfugiés eux-mêmes[12], convergence des luttes. Explorer la liberté politique de se mouvoir d’une philosophie du droit de fuite[13]. Refonder l’hospitalité politique dans un Commun planétaire concret. Reprendre sur d’autres bases la question de l’Europe politique qui n’est pas une utopie, ni même une dystopie, mais une nécessité.

Le statut du présent projet

Le présent projet de mémoire et d’héritage n’est pas un travail de recherche du FNSRS, un projet européen de recherche, un pamplet pour réveiller les foules,  une expertise de spécialiste, une base de données exhaustive pour journalistes, chercheurs, professionnels, avec des statuts divers et très souvent précaires dans les institutions, les ONG, les mouvements. C’est un récit basé sur des expériences, par touches, traces, éclats. Par un aller-retour oubli-mémoire, faisant émerger de l’oubli, la musique de fond de notre l’époque. Nous nous trouvons aujourd’hui devant une tragédie planétaire dont nous ne mesurions pas l’ampleur. L’hymne à la joie de Beethoven choisie comme hymne de l’Europe, pouvons-nous le chanter aujourd’hui ?[14]

Le privilège de l’âge autorise à partager comme héritage l’exercice risqué d’une liberté de penser après un survol de 50 années d’expérience individuelle et collective, entre deux tournants qui ébranlent l’Europe. Je prends une telle liberté en m’appuyant sur des praxis remarquables, tout en n’ignorant pas que le non savoir, la complexité, l’imprévisibilité du présent et de l’avenir sont aussi des faits qui n’ont pas fini de bousculer le travail philosophique et politique.  Que toujours tout est à recommencer.

L’hospitalité oubliée, minoritaire revit et elle devient politique dans la Résistance de rupture. Cinq propositions structurelles et d’action traduites en dix actions concrètes ne sont pas une simple liste de revendication, ni une pétition, ni un manifeste.

L’intérêt d’une expérience de vie sont celles d’un récit d’inventaire basé sur des faits éparses arrachés à la mémoire, au silence, d’une tentative de r

Résistance de rupture résolue, incertaine, difficile. Dans cet inventaire, nous nous sommes arrêtés à des traces repérées dans un temps, un espace situé. Nous avons effectué un travail de mémoire philosophique et politique, de ce qui était à la portée de nos mains, de notre conscience, de nos savoirs, de nos tâtonnements tout en  étant bousculés par la tempête d’un capitalisme se heurtant aux limites de la planète.

I. EUROPE. CINQ PROPOSITIONS POUR UNE POLITIQUE D’ANTI-VIOLENCE. CE QUE NOUS VOULONS

Introduction

Dans un contexte de marché d’apartheid, de violence sécuritaire destructrice globalisée, on se trouve dans une dialectique complexe entre praxis de résistance, structures, violence d’Etat, droits, concepts, structure où d’une part la violence « allant aux extrêmes » et d’autres par la souveraineté étatique, (en d’autres mots la violence d’Etat) sont deux apories majeures.

Le cadre étatique est remis en cause pour dépasser la trilogie peuple-nation-Etat, par la résistance hétérogène et aussi par des empires, des multinationales qui s’emparent de la souveraineté de l’Etat en la privatisant, qui surexploitent des humains, pillent des territoires, des biens, en poussant à l’exil et faisant fi de l’hospitalité politique et de la tension entre droit d’asile de l’Etat et l’asile? Si l’hospitalité politique a un sens, elle ne peut être une hospitalité d’Etat. Les marchandages de réfugiés qui ont une longue histoire le montrent.

Les considérants et propositions sont formulées dans un contexte de limites et d’urgence de la planète, de « capitalisme absolu » (Tosel), de transformations d’empires, de réarmement, d’interventions policières et militaires musclées[15], dans un moment d’affaiblissement (renforcement autoritaire du système d’Etat, d’Etats-nations), de démantèlement des droits, des droits de l’homme, dans des organisations internationales délégitimées et instrumentalisées et dans un moment où les mouvements civiques s’activent dans des luttes difficiles et urgentes.

Résumé des cinq propositions présentées,  de loin pas exhaustives[16] : abolition de Frontex (proposition 1), puis deux propositions concernant les structures internationales (ONU), le droit international pris dans l’aporie de la souveraineté d’Etat, (Monique Chemillier-Gendreau) (proposition 2 et 3) ;  exploration du « cadre » alternatif des villes (Derrida) (proposition 4). Pour tenir compte du rapport de violence et de la Résistance de rupture, propose de partir de la violence destructrice, et  de renverser la question de la souveraineté d’Etat en praxis de Résistance de rupture garante de la création de l’hospitalité politique, en renforçant l’auto-organisation, l’autonomie, à la fois locale et transversale des praxis (mobilisations, recherche), (Proposition 5).

Les trois considérants introductifs, les cinq propositions ne sont ni des utopies, ni des dystopies, mais des exigences concrètes réalistes et stratégiques pour un nouveau paradigme visant à prendre en compte la complexité, les limites et urgences de la planète qui influent sur la migration et dans bien d’autres secteurs. Le calendrier du climat nous aide à aterrir et à ancrer la refondation de l’hospitalité politique dans des réalités matérielles de la planète Terre.

Difficulté : l’utilitarisme économique a été largement diffusé dans les populations, ce qu’a montré par exemple, une récente votation du climat en juin 2021 en Suisse où l’UDC a largement réduit le débat au porte-monnaie et au coût de l’essence[17]. Ce fait montre déjà deux choses au lendemain de la votation :  le recul politique, scientifique des arguments,  l’approche limitée aux coûts du porte-monnaie des mesures du climat, a réussi à cacher des enjeux de société majeurs.

Europe. Le moment est-il favorable pour relancer la question politique européenne ? Est-ce d’Europe ou de la Planète qu’il faut parler ? Dans les années 1990, le poids du « national », dominait dans les pays, alors que l’Europe du « marché unique » de Schengen s’imposait avec la trilogie : Schengen-Dublin-Frontex. Aujourd’hui relancer la question de l’Europe politique, vu depuis l’exigence de l’hospitalité politique et de la Résistance de rupture, c’est d’une part reprendre la question de Nicholas Busch, Police et Politique sur de nouvelles bases et  situer le débat européen dans un cadre planétaire.

Trois Considérants

1. Considérant que deux axes d’action, de réflexion basées sur le Commun[18] sont fondamentaux,  la propriété commune et publique de la Terre et l’hospitalité politique ne sont pas des marchandises accaparables. 

Il n’y a pas d’hospitalité politique sans proprité commune et publique de la planète Terre et des autres planètes[19]. Il n’y a pas d’hospitalité politique possible si elle reste limité à la logique et à la violence d’Etat. C’est la base d’une politique de la sécurité de la planète.

Le capitalisme d’accaparement des biens, dont la terre, les ressources, les humains, les matières première, etc. est la règle de la domination prédatrice. Ce qui nous apprend le conflit entre l’accaparement aveugle et la réappropriation à la terre, ce sont les luttes d’accès à la terre, des mouvements indiens, paysans, des ZAP, etc.. Pas de Terre, pas d’hospitalité, sans Résistance de rupture de création du Commun.

La question du Commun connaît des travaux importants, en lien avec les luttes d’accaparement de la Terre et des autres planètes, de la Force de travail, des matières premières, des ressources (ex. eau), de la nature, notamment sur la propriété commune des moyens de production, de la réappropriation de la valeur de la force de travail (Marx), de la « reproduction » (féministes), des matières premières (luttes anticoloniales), de la paix (Kant) sans pour autant que la propriété de la terre et de l’hospitalité politique soit systématiquement mise en rapport. La question est encore marginale dans les théories de la migration, de l’asile, du droit d’asile[20]. C’est pourtant une question politique majeure nous apprennent les « réfugiés climatiques ».

L’accaparement de la terre, des biens est un nœud d’apories enfoui dans les pratiques de domination guerrière et aussi la pensée philosophique et politique dominantes depuis longtemps. Le Commun  a aussi une longue histoire dont la réappropriation fait partie d’un paradigme de « re-civilisation » à la mesure de la violence de suresploitation, de destruction, des défis, contraintes, limites de la planète, à inscrire dans les débats constituants de l’Europe politique et des institutions internationales. La première proposition est centrale pour la réflexion sur l’hospitalité politique et la souveraineté.

2. Considérant que L’Habeas corpus et L’hospitalité politique, sont les piliers généralisables du XXIe siècle, en intégrant l’histoire et la mémoire.

L’Habeas corpus (1679) redécouverte dans les luttes des Mère de la Place de Mai en Argentine et contre les politiques de la torture et de la disparition implique d’intégrer l’Habeas corpus dans l’ensemble des praxis, luttes, recherches sur l’hospitalité politique en intégrant des déchirures de l’histoire par un travail de mémoire actualisé et généralisé. Que signifie aujourd’hui l’Habeas corpus repris dans les revendications, recherches sur l’usage du corps, dont les féminicides, les génocides, les torture dans la migration, au travail, etc. portent les traces ?

L’Habeas corpus est une revendication des Lumières anglaises qui vise à mettre en échec l’imaginaire de l’élimination des ennemis, de la disparition des corps des ennemis. Au tournant impérialiste du XIXe-XXe siècle, des génocides, Auschwitz et Hiroshima une politique de la « Solution finale », de guerre impériale « totale » d’anéantissement, du « faire disparaître » de masse pratiqué durant la colonisation, les dictatures en Amérique latine et ailleurs dont on constate la présence préoccupante, avec le délit de solidarité[21] aujourd’hui dans les politiques migratoires[22]. Coïncidence ?

3. Considérant qu’il n’y a pas d’Hospitalité politique sans Résistance politique

Il n’est plus possible d’envisager l’hospitalité dans les catégories financières, philosophiques, juridiques du système d’Etat-nations souverains sur le territoire, les populations, la guerre, la police, etc.) emprisonné dans des politiques guerrière de sûreté, d’apartheid.

Le droit international et le droit du sol, le droit d’être là (Dolivo, Tafelmacher, base de données) ne peuvent plus se contenter du droit à quitter son pays sans pouvoir entrer dans un autre (déclaration des droits de l’homme), philosophie de la souveraineté des Etats inscrite dans les droits fondamentaux, mais être rattachés à la souveraineté des individus et des peuples et élargie à l’espace planétaire.

Avant de formuler cinq propositions, arrêtons-nous à une proposition conjoncturelle (en lien avec le débat sur le Pacte migratoire et des luttes au sud de la France), d’un droit international de l’hospitalité formulée par Etienne Balibar, car elle permet de situer les apories et des questions qui sont à la base des autres propositions.

Au nom d’un « choix de civilisation », Balibar, en centrant son propos sur le lien entre hospitalité et migration, propose de reconnaître « le droit international d’hospitalité »[23] « s’imposant aux Etats ». Il s’appuie sur de nombreux travaux dans les années 2000 et suivantes de réflexion sur la souveraineté, le droit international[24], en articulant la frontière, l’Etat, le Peuple[25]. Il faut aussi inscrire sa proposition, dans ses travaux sur la citoyenneté[26].

Formulons des questions pour nourrir les cinq propositions. L’argument de vivre une époque historique particulière, suffit-il pour légitimer une telle proposition  située dans le droit international? Dans sa proposition Balibar n’aborde pas de front la question du type d’Etat, de droit, des « sujets-citoyens », des « peuples », ce qu’il a fait ailleurs dans de nombreux textes.

Aujourd’hui, à propos d’urgence, il est certes important de mettre le doigt sur le drame des migrant.e.s, d’affirmer un « droit international de l’hospitalité » pour « limiter l’arbitraire des Etats », il faudrait dire la violence d’Etat, la violence capitaliste dans un contexte de survie en avançant « qu’un partie mobile de l’humanité a besoin de protection », que « Le principe des principes, c’est que les migrants en situation d’errance jouissent de droits opposables aux lois et règlements étatiques, ce qui implique aussi qu’ils puissent se défendre et être représentés devant des juridictions ad hoc ou de droit commun ». On ne peut que souscrire à cela.

Mais, on ne peut pas ignorer – en constatant la croissance de mouvements populistes, nationalistes, « néo-fascistes » en Europe et ailleurs -, que les « migrations irrégulières » criminalisées sont la pointe de l’iceberg de la « mobilité forcée expulsive ». L’ensemble des migrants et des réfugiés et même l’ensemble de l’humanité qui aspire ou est forcée à la « mobilité » assurée par les droits et l’appartenance politique, en est empêchée. Mais comment faire appliquer le principe des principe et un droit dans des structures internationales d’où sont absentes les sanctions ?

Parlons plutôt du « droit de fuite » face à toutes sortes de formes de chasses (Chamayou), d’expulsion, de  migration forcée  dans la reconformation du marché du travail avec l’affaiblissement du droit du travail, du rapport Capital-Travail, du saccage des ressources naturelles, du pillage des biens et des guerres. Les millions d’humains qui ne peuvent fuir sur une autre planète, ont un besoin urgent de jouir de la liberté politique de se mouvoir, avec leur corps, leurs pieds, leur tête, pour exercer la possibilité d’échange et d’entre-protection, de solidarité, c’est-à-dire d’hospitalité politique réappropriée en tant que bien commun qui traduit la liberté politique de se mouvoir pour survivre, vivre au XXIe siècle. L’ensemble de l’humanité dominée, les exilés prolétaires qui vivent dans une situation généralisée d’apartheid (Monnier), de brutalisme (Mbembe) et d’expulsion (Sassen, Soysüren) de déportation (Genova) est aujourd’hui en exil appelant au desexil (Caloz-Tschopp, Wagner).

Par ailleurs, à propos d’obstacles, la souverainté des Etats sur leur territoire, sur leurs frontières est certes un obstacle important. Le plus visible. Peut-être un lieu de fragilité de l’Etat capitaliste, augmentant la violence d’Etat, le renforcement d’un Etat qui se transforme en Etat policier militarisé (Frontex) pour les migrants en s’étendant à d’autres groupes de population. Monique Chemillier-Gendreau rappelle qu’une telle souveraineté étatique a été bénéfique dans certaines situations de décolonisation mais qu’elle trouve ses limites dans les pays décolonisés. La question est fondamentament la souveraineté des individus, des minorités, des peuples confisquée par l’Etat débordé et utilisé par des forces qui le dépasse. Elle est peut-être surtout celle de « l’Etat » en tant que holding et qu’imaginaire du cadre politique dans un monde globalisé. Mais comment repenser l’Etat (Lordon)? Ailleurs, elle présente une réflexion, avec d’autres, sur les limites de la « nation »[27] où elle rejoint les remarques du sociologue A. Sayad.

Faisons un pas de plus. Hannah Arendt, dans sa réflexion sur les sans-Etats montre comment l’Etat-nation s’est emparé de l’Etat, avec les problèmes qui en ont découlé pour les minorités, les peuples, les sans-Etat[28]. Les austro-marxistes des années 1920[29], ont beaucoup réfléchi à l’aporie, peuple-nation-Etat. « Etat, Etat-nation, s’en sortir d’une pensée d’Etat et repenser l’Etat »[30] dans une période de transformation sécuritaire de l’Etat, de reconformation d’empires guerriers, ai-je écrit pour dépasser l’aporie à ce niveau et l’impuissance. Cette réflexion au début du XXe siècle a été poursuivie par celle sur les villes-refuges(Derrida) qui déplacent les interrogations sur la souveraineté et l’Etat avec l’exigence de nouveaux droits et de nouvelles structures, de nouveaux espaces de praxis, de nouveaux souverains. Que serait une ONU des villes-refuges des « peuples prolétaires» du monde ?

D’un point de vue des outils internationaux, si on reste sur le terrain de la souveraineté d’Etat, on peut encore se demander si le droit international, les droits de l’homme parviennent à fournir les outils nécessaires pour défendre l’hospitalité quia une longue histoire, des acquis, et aussi des limites. Elle jouit déjà d’un certain degré d’universalisation mise en œuvre par de multiples pratiques et expérimentations, sous des formes, des praxis diverses partout dans le monde. Mais aujourd’hui, l’hospitalité politique doit être refondée et élargie.

On peut se demander si l’arbre ne cache pas la forêt. On peut se demander si ces outils sont suffisamment connus par celles et ceux qui se soucient de la situation tragique des migrants, si leurs possibilités et leurs limites sont prises en compte et dans quelle mesure le « brutalisme » dont parle Achille Mbembe dans ses travaux, la violence policière et guerrière imprévisible jusque dans la vie quotidienne accompagne les praxis sur le terrain des réfugiés et ailleurs aussi.

Pourquoi refuser de débattre et d’agir largement et résolument face à l’augmentation sécuritaire pléthorique de Frontex ? En d’autres termes, le « principe des principes » d’hospitalité s’appuie sur les outils fragmentaires en voie d’universalisation soumis à la critique, certes, mais ils existent rappelle Monique Chemillier-Gendreau. Fabriquer un nouveau droit sans remise en cause des bases de Schengen-Dublin-Frontex n’assure pas un droit qui apparaît alors comme un alibi de la « mobilité » du tri du « marché unique » repris par le Pacte migratoire de 2020. A une autre échelle, on retrouve la rhétorique sur la démocratie et les droits de l’homme qui a servi à légitimer les guerres d’Irak et d’autres guerres.

Ce sont des praxis civiques de Résistance de rupture qui créent de fait l’hospitalité politique généralisable, réappropriée par des « peuples prolétaires » qui exercent la souveraineté au sens le plus général dans une praxis de l’autonomie et de la démocratie. Ces praxis doivent être dégagés de la criminalisation de groupes ciblés par la répression, alors que  les Etats souverainistes et des « populistes » « de droite et de gauche » (sic) pratiquent sans entrave la xénophobie en ciblant les « migrations irrégulières » et les « solidaires ».

Tout en défendant les droits par la résistance dont la désobéissance civile/civique destituante/constituante, il nous faut sortir d’une approche « neutre » des droits, de logiques d’urgences humanitaires ciblant les étrangers, produisant des lois d’exception qui s’accumulent, cachent les démantèlement des droits et la situation d’urgence dans son ensemble pour l’ensemble de l’humanité que nous montre aussi le climat, les vaccins notamment.

Comment, par exemple, appliquer concrètement « un droit international de l’hospitalité politique», pour les réfugiés climatiques dont le nombre dans un contexte de globalisation capitaliste vont poser des défis incommensurables, si ce n’est en sortant de logiques utilitaristes[31] et d’une vision de principe et du droit dans le cadre d’un Pacte migratoire des Etats, alors qu’il existe déjà dans plusieurs textes, faisant fi de l’exigence d’une Résistance de rupture anti-apartheid et anticapitaliste ? Comment assurer l’hospitalité d’entre-protection aux expulés du travail, du logement, de la santé, de la formation, etc.. ? Sur quoi penser les bases d’un nouveau droit transnational de l’hospitalité politique d’entre-protection généralisable ? Comment penser au-delà des catégories d’Etat héritées, depuis l’expériences des villes-refuges et d’autres luttes ? Comment penser l’hospitalité dans sa tradition, son histoire, ses limites, ses apories, son actualité, son futur ?

Cinq propositions

Proposition 1 (GISTI, Migreurop, dès 2006): abolition de Frontex et création d’une nouvelle Instance d’hospitalité politique

« Frontex ne peut être réformée. Elle doit être abolie. »

Dans une lettre ouverte, un large ensemble d’organisations s’unit, sous le nom d’AbolishFrontex, pour demander la suppression de l’agence européenne de garde-frontières. Mais aussi du système de marché de la violence sécuritaire dont elle est le fer de lance : « Nous ne voulons plus voir de vies perdues en mer ou dans le désert, de vies gâchées en détention. Nous nous opposons à un monde divisé par des frontières fortifiées pour protéger la richesse des riches contre le désespoir et la juste colère des pauvres et des opprimé·e·s. ».

Ce texte est tiré d’une lettre ouverte (juin 2021) adressée aux gouvernements des Etats membres de l’UE, dela Commission européenne, du Conseil européen, du Conseil de l’UE, du Parlement européen et de l’Agence européenne de garde-frontière et de garde-côtes (Frontex). Cette lettre fait suite à des critiques accumulées et à la proposition déjà formulée il y a plus de 15 ans par Migreurop, des ONG, des syndicats, l’Office européen de lutte antifraude (OLAF), Frontexit, etc.. Migreurop a assuré un travail critique de Frontex[32] toutes ces années[33]. LE GISTI avait ouvert la voie en lançant son appel à la suppression des frontières et sur la liberté de circulation. L’usage de la deuxième formule pouvait porter à confusion dans la mesure où les mots recoupaient l’appel à la libre circulation pour consituer un « marché unique » de Schengen.

En 2021, vu la « crise de 2015-2015 » et l’aggravation de la situation dans les camps, aux frontières, sur les chemins d’exil, en mer, les difficultés du Pacte migratoire, elle est a nouveau énoncée. En 2021, elle fait partie de l’appel d’une campagne nationale et internationale menée dans sept pays en 2021 auquel souscrit Migreurop aujourd’hui.

Les revendications suivantes sont avancées dans les 40 premiers signataires d’organisations autonomes

Abolir Frontex
Régulariser les migrants
Arrêter toutes les déportations
Mettre fin à la détention
Arrêter la militarisation des frontières par le complexe militaro-industriel
Arrêter la surveillance des personnes en mouvement
Renforer la solidarité
Mettre fin au rôle de l’UE qui force les gens à se déplacer
Liberté de circulation pour tous. Mettre fin au régime frontalier de l’UE.

On rétorquera que toute société ne peut vivre, survivre sans police (vaste débat théorique et politique sur la liberté politique, la sécurité, la distinction entre sécurité et sûreté, le contrôle, la protection, le devoir d’assistance, de sauvetage, de solidarité et la place de la police dans une société démocratique). Concrètement, avec Frontex n’y a-t-il pas double-emploi avec d’autres Instances de contrôle de droit déjà existantes dans les institutions de l’UE respectant l’équilibre des trois pouvoirs (législatif, exécutif, judiciaire) et le contrôle de la police par la politique et la justice ? On doit regretter que l’UE, les pays ont délégué la fonction de contrôle des frontières, des migrants à une instance de police, Frontex, sans contrôle démocratique[34]. Qui a intérêt aux drames aux frontières, leur médiatisation n’encouragent-ils pas les passeurs et un développement non contrôlé de Frontex qui a abandonné récemment le sauvetage en mer? Un tel intérêt est-il seulement d’ordre économique ? Les études montrent les liens entre Frontex et  le lobbying du capitalisme de la surveillance et de l’armement[35] et l’institutionalisation, par des symposiums sur l’armement, la biométrie de surveillance maritime et dans les airs (drones, satellites), l’intégration de l’intelligence artificielle, des outils du capitalisme de surveillance (Zuboff),  du marché sécuritaire de la migration qui s’étend à d’autres secteurs des populations.

On se demande, pourquoi Frontex, sans contre-pouvoir à la mesure de son développement exponentiel dangeureux pour la sécurité (financier, en personnel, en outils technologiques de surveillance),  sans outils d’information prospectif, sans que soit clarifié le cadre, les limites de ses structures, outils, cahier des charges. Le flou sur son statut institutionnel[36], son coût exponentiel[37], son efficacité, son rapport aux droits fondamentuax sont gravement mise en cause (efficacité de la mission de contrôle, absence de la mission de sauvetage, outils sécuritaires et non de connaissance des faits aux frontières (ex. statistiques), violation des droits de l’homme, violation du droit du travail, absence de politique du personnel, etc.). Ce bilan très négatif de Frontex amène non seulement à des dénonciations de plus en plus nombreuses mais à demander son abolition rapide et à agir construire une politique de la sécurité.

Un vide politique à propos d’une redéfinition de réels politiques du travail, du droit d’asile, de l’asile que le Pacte migratoire ne remplit pas à ce stade,  de la politique de sécurité, crée par des mensonges politiques, a permis que Frontex s’engouffre dans deux thèmes politiques de première importance derrière la migration. La force de travail n’est pas corvéable à merci. La sécurité n’est pas un marché, ni un terrain de guerre. Faut-il se fier à la « carte des menaces de Frontex et ses lobbies pour identifier les « risques » et les menaces ? Les travaux du BIT, de la CIA, de l’OTAN, sur l’évolution du travail, le renseignement montre l’ampleur et la complexité de la réorganisation globalisé du marché du travail, de la sécurité qui ne se limite pas aux frontières terrestres[38]. Ni la puissance des travailleurs, ni la sécurité ne sont à vendre. Une politique de la sécurité de l’UE européenne ne peut se cantonner aux frontières (lesquelles ?) avec une approche mercantile et sécuritaire. Question trop vitale pour qu’elle soit laissée à la chaine des marchands de la force de travail, aux polices, aux agents secrets, aux militaires et à leurs lobbies et confinées aux frontières où les milliers de camps s’agglutinent.

La décision d’abolition de Frontex implique un bilan plus général, plus global des politiques du travail et de la politique de sécurité, protection, sauvetage, solidarité positive de l’UE et du contrôle démocratique par la Résistance de rupture anti-apartheid et anti-capitaliste. 

Je souscris à une telle proposition, tout en amenant, en plus de l’exigence d’une reprise en mains de la question philosophique et politique du travail et de sécurité sur la planète, un autres points stucturels au débat. L’abolition de Frontex implique la création d’une instance transeuropéenne indépendante qui agirait en tant que contre-pouvoir structurel actif et formulant une nouvelle politique de la sécurité planétaire. Elle travaillerait en étroite relation avec les syndicats, la Commission des droits de l’homme de l’ONU, du HCR, les nouvelles structures de l’ONU, le droit international transformé que propose (proposition 2 et 3) Monique Chemillier-Gendreau, La Cour de Justice, la CEDH chargée de la sécurité, de l’hospitalité politique qui intègrerait les recherches, les travaux des Tribunaux indépendants sur le droit d’asile et d’autres domaines et regrouperait des compétences dans divers sujets et pas seulement la migration.

Une telle Instance transeuropéenne autonome remplaçant Frontex repose aussi la question des apports et de l’évaluation de l’outil du Tribunal indépendants des peuples et d’une synthèse des travaux de recherche sur la migration en lien avec d’autres potentialitées et « dangers ».

On connaît les impasses du Tribunal pénal international officiel, dont en Suisse, la Procureure du Tribunal International pour l’ex-Yougoslavie (1999-2007), Carla del Ponte, a exploré couragement jusqu’au bout les contradictions[39]. A  quelles conditions la dénonciation par des Tribunaux d’opinion indépendants est-elle une pratique efficace pour la mobilisation et la conscience sociale en processus de globalisation par la Résistance de rupture? On connaît  le succès du Tribunal de Monsanto et aujourd’hui par le tribunal sur l’agent Orange durant la guerre du Vietnam (verdicte le 10  mai 2021). La notion même de Tribunal inventée dans l’ancien paradigme mérite d’être repensée en tant que dispositif, outil de dénonciation, de mobilisation et aussi de création de savoirs et d’outil de sanction.

Proposition 2, droit international, ONU (Monique Chemillier-Gendreau).

Le contexte du monde instable sous pression, des besoins de travail, de sécurité, de d’entre-protection de l’ensemble des humains, en appelle, nous montre Monique Chemillier-Gendreau, à l’application du droit international et à une réforme des structures onusiennes. Les droits fondamentaux, le droit international existent, mais ils ne sont pas appliqués sous de subtiles ou vulgaires prétextes qui sont en fait des dégagements des responsabilités des Etats.

Il apparaît inutile de créer de nouveaux droits, qui ne seront pas non plus appliquées, l’enjeu étant alors de mesurer les nouvelles transformtions, limites du pouvoir des Etats, de définir une statégie de résistance dont de désobéissance civiquedestituante/constituante sur ce terrain transnational autour de praxis concrètes conjoncturelles concernant les non engagements concrets des Etats : non signature donc non engagement d’application de Conventions, Pacte sur la table qui manifestent une absence de solidarité entre Etats et de non hospitalité ou alors d’hospitalité limitée à la raison d’Etat, pour motifs utilitaristes, de rapports de force ou encore de « bons offices » (on pense au rôle de la Turquie et de la Lybie dans l’UE), d’expulsions forcées violant les droits de l’homme, etc.) et sur le long terme.

Dans un système d’Etats internationalisé, l’absence de normes internationales, des lacunes du droit de la migration, des juristes (Carlier, Crépeau, Purkey, Soysüren, dans la base de données)  explorent les possibilités juridiques et les apories du cadre dominant. La lutte pour les droit de l’Etat de droit est un lieu d’action dans le système d’Etat constitué et fragilisé, mais elle butte sur les apories de la souveraineté d’Etat[40], dont Chemillier-Gendreau apporte dans sa proposition, des éléments de réflexion pour les structures et le droit international.

La proposition a des liens étroits avec les travaux de Monique Chemillier-Gendreau concernant la faillite de l’ONU, les sources antagoniques du droit international[41], l’impuissance du droit international et le dépassement d’un rapport de force d’Etats et d’empires et les rapports entre démocratie et violence. On peut penser que dans la faillite de l’ONU se sont engoufrés des empires, des multinationales « privées » tout en oeuvrant pour son démantèlement. Vu les difficultés, les ambiguïtés de l’ONU, avons-nous eu une conscience politique claire, non seulement de la crise de l’ONU, mais de l’affaiblissement d’un cadre « international » bien imparfait, d’institutions, de droits, dont le droit d’asile, par l’humanitaire et de l’enjeu d’une telle faillite ? Avons-nous pris conscience, par exemple, du mépris des pays riches pour le travail d’élaboration d’une Convention de droit international des réfugiés et des travailleurs migrants et de leurs familles, ce que nous avons pu constater in vivo ?

L’absence de responsabilité et d’engagement des Etats sur des textes de droit international concernant les droits des migrants, des réfugiés a des conséquences très graves sur les pratiques aux frontières en affaiblissant le droit international et les droits de l’homme et par ricochet la loi des Etats et l’augmentation des pouvoirs de police et des militaires. Elles renvoient certes à la faiblesse du statut d’application du droit international, dû au système d’Etat-nations à la base de l’ONU et à l’articulation entre droit national et droit international.

Sans épuiser le sujet, prenons note avec Chemillier-Gendreau, que le droit international est un accord d’Etats entre Etats qui n’a pas force de loi et que donc seuls les accords sans contrainte peuvent intervenir. Ils prennent la forme – non de lois normatives d’où découlent des sanctions – mais de conventions, pactes, accords, etc. sans obligation pour les Etats, sans pénalisation de la violence d’Etat.

En clair, les Etats ne sont pas responsables d’appliquer le droit international, ni même de l’actualiser (par exemple en y intégrant les questions de l’hospitalité politique, de la Résistance de rupture dont l’obéissance/désobéissance civique, sa non criminalisation, son intégration dans le travail démocratique). Le mouvement des travailleurs migrants, de l’asile, les syndicats, les mouvements et même les partis du système parlementaire pris dans certaines ambiguïtés, n’ont-ils pas minimisé les attaques du système international de l’ONU ces dernières années?

Un paradoxe autour des structures et outils internationaux sont d’une part la crispation « nationaliste », le recul des droits remplacés par l’humanitaire[42], alors que les références de classe, de sexe, de race dans une perspective internationaliste, ne sont pas assez pris en compte, théorisées dans les mouvements aujourd’hui, après un internationalisme très actif dans les luttes de décolonisation et les énigmes qu’ils ont laissées en héritage. Quelle stratégie ? Elle implique un déplacement, une fédération de la résistance, des mouvements, y compris avec les luttes qui aujourd’hui s’attaquent au pouvoir des multinationales. Au niveau limité des actions pour l’hospitalité politique sur le terrain de la migration, on peut déjà formuler des propositions conjoncturelles concrètes à intégrer dans une stratégie globale.

Soulignons que des actions civiques, juridiques ont lieu pour faire appliquer le droit international au niveau européen et dans ses structures, dont la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), qui elle non plus n’a pas force de loi, mais est une puissance de persuasion, de dissuasion et qui dépend des rapports politiques. C’est un lieu d’action très développé qui articule le niveau européen et les Etats nationaux en Europe.

Il est significatif que les Etats, pris en tenaille par les intérêts des multinationales, traînent les pieds pour signer des Conventions et des Pactes internationaux en matière de politiques migratoires et de réfugiés. Lutter dans l’immédiat pour l’application des droits fondamentaux dans le droit international au niveau européen peut avoir un pouvoir d’anticipation et « d’avertisseur d’incendie », (terme de Walter Benjamin).

En ce sens, la résistance dont la désobéissance civique qui se passe pratiquement sur le terrain national, aux frontières des Etats, visant le terrain interne des Etats et aussi le terrain européen et international, peut avoir des effets positifs sur la construction d’une conscience sociale, d’une pensée, d’une citoyenneté « post-nationale » et d’une appartenance européenne  et internationale basée sur les droits fondamentaux. Le travail du Conseil des droits de l’homme de l’ONU mériterait des liens encore plus étroits avec les mouvements d’asile tout en cherchant les convergences avec d’autres mouvements.

En d’autres termes, les mouvements d’hospitalité sont souvent locaux, régionaux, « nationaux ». Ils ont intérêt à s’intéresser de près non seulement à la politique interne mais à la politique internationale de leurs Etats, de l’UE, de l’ONU, de l’OIM, de l’OTAN, de l’OMC etc. pour dépasser les visions « nationales » et sécuritaires et la privatisation qui est la fin des droits et le retour au « droit naturel », à la loi du plus fort. L’enjeu aujourd’hui, n’est pas le « délitement du national », mais la (re)construction concrète d’un imaginaire, d’une pensée, d’un transnationaliste[43] sur la planète.

Proposition 3. Des structures internationales pour une souveraineté des « peuples » (Monique Chemillier-Gendreau).

Monique Chemillier-Gendreau, amène des éléments structurels et des réflexions sur le droit international qui enrichissent la réflexion sur l’hospitalité politique et la Résistance de rupture.

Elle interroge l’idée d’un droit international de l’hospitalité à partir de proposition formulée par E. Balibar, (Le Monde, 16 août 2018) pour deux raisons : (1) le principe des principes de l’hospitalité a déjà été affirmé. Il existe déjà dans dans la Déclaration des droits de l’hommes, dans divers Pactes, Conventions qui en principe limitent l’arbitraire des Etats pour tout humain et non seulement pour les migrants, mais… qui ne sont pas appliquées ;  (2) l’applicabilité d’un « principe des principes », suppose une structure pouvant contraindre les Etats à appliquer un tel principe. La structure même de la société mondiale et du droit est en question, y compris en allant au-delà de la souveraineté d’Etat civique destituante/constituante.

Elle rejoint une interrogation plus générale à la fois théorique et stratégique : à quelles conditions, l’hospitalité en tant que droit pourrait-elle devenir la question, l’objet,  autour de laquelle, duquel élaborer les travaux théoriques en droit international, en philosophie politique de la justice, et pour organiser la mobilisation pour fédérer, renforcer les mouvements altermondialistes pour une alternative international au capitalisme ?

Nous tentons de ne pas rattacher la question au seul droit international, en refondant l’hospitalité politique généralisable pour le XXIe siècle, en tant que praxis, luttes de résistance sur la base d’échanges et d’entre-protection pour l’ensemble des humains souverains dans de nouveaux « cadres » dépassant la souveraineté territoriale d’Etat,  par des refuges, des villes-refuges, des nouveaux espaces de refuges en mouvement, des espaces publics réappropriés, créés à de multiples frontières.

Pour sa part en tant que spécialiste du droit international Monique Chemillier-Gendreau formule deux propositions qui seraient intégrables dans un déplacement de la souveraineté de la souveraineté des Etats vers la souveraineté des peuples, au niveau international, en ne se fixant plus sur le territoire de l’Etat mais dans un espace public en mouvement repensé, dans des expériences comme des refuges, des villes-refuges, des Universités libres, etc.. La notion même de refuge liée à une longue tradition était liée à un lieu (église, temple). Elle doit être repensée en tant que création de lieux en mouvement.

Résumons ses arguments concernant la proposition 3. Elle commence par rappeler l’aporie qui structure le droit international. « Le droit international « en même temps » qu’il proclame ces droits, a inscrit au fondement de la Charte des Nations Unies et comme norme fondamentale du droit international, le principe de souveraineté des États ». Il est nécessaire qu’ait lieu un travail théorique et idéologique pour  « démolir à coup de hache la notion de souveraineté des Etats » écrit-elle.

Dans la mondialisation, les peuples ont perdu leur souveraineté, réservée par les Etats aux « nationaux ». La souveraineté des Etats est devenue une « fiction ». Ils ont perdu leur souveraineté en gardant la force de répression et « font reculer les droits universels ». Dépasser le « national » par des communautés politiques, supposerait « un déclinaison des compétences entre communautés politiques d’échelles variées selon le principe de subsidiarité », les Etats perdant ainsi « la compétence des compétences » sur les biens communs mondiaux et des questions d’intérêt international »[44]. Elle propose des solutions novatrices. Elle formule deux propositions de droit international structurelles du système international :

  • « une Cour mondiale des droits de l’homme sur le modèle de la Cour européenne des droits de l’homme, permettant de rendre justiciable les droits proclamés »[45] ;
  • « une Cour constitutionnelle internationale », institution « à compétence obligatoire par les Etats au regard de leurs engagements dans les textes internationaux » et permettant de mettre à jour la « mauvaise foi des Etats qui adhèrent aux textes sans « la moindre intention de les appliquer concrètement ».

Ces deux propositions structurelles de Monique Chemillier-Gendreau, pour être acceptées, doivent être votées à l’ONU. « Et nous savons bien avec l’expérience de la Cour pénale internationale, que lorsqu’on leur arrache ce type d’avancée, les États tentent par tous les moyens de reprendre la main. Mais, c’est en poussant le défi que nous ferons éclater au grand jour des contradictions intenables ».

Pour formuler une nouvelle architecture mondiale et un droit international sur d’autres bases que celle du système d’Etat et d’Etats-nations dans les relations internationales, Monique Chemillier-Gendreau, dans un essai vigoureux[46] reconsidère la relation individu-Etat, Etat-nation (la perspective nationale a montré ses limites),  le dépassement de l’Etat par la notion de « communauté politique », nous pourrions ajouter basée sur le Commun. Elle reprend aussi la notion de souverain en rappelant que le seule titulaire du pouvoir est le « peuple dans sa diversité ».

Ce qui frappe dans ce texte, c’est qu’elle déplace encore le débat sur la dialectique entre la « régression de la démocratie » et le « déchainement de la violence ». Kant avait articulé guerre et paix, la juriste met en rapport l’agir sur l’action politique et la violence devenue incontrôlable au niveau planétaire. Entre le 18e et le 21e siècle, les urgences sont devenues exponentielles et les outils, les structures anachroniques et impuissantes.

Elle souligne que les institutions internationales créés à la sortie de la deuxième guerre mondiale du 20e siècle, n’ont pas réussi à garantir aux peuples ni la sécurité collective, ni la justice sociale, ni la sauvegarde de leur environnement. Pour elle la paix n’est pas l’absence de guerre, mais la recherche d’une société juste et bonne. Elle ouvre ainsi un domaine de recherche qui va au-delà de Clausewitz pour qui la politique était la suite de la guerre par d’autres moyens. En clair, le droit international est un droit politique de la paix, concept à repenser aussi. Quelle politique dans le rapport démocratie-violence se demande-t-elle dans son dernier essai en 2019 ?

Proposition 4 (Jacques Derrida). Villes-refuges. Des pratiques d’autonomisation, d’auto-organisation de la souveraineté des « peuples ».

En introduction à une proposition spécifique de Jacques Derrida retenue ici qui a trait au rapport ville-Etat, précisons que Jacques Derrida a consacré au moins deux séminaires et de multiples entretiens dans plusieurs langues, pays, au thème de l’hospitalité à partir de ses travaux philosophiques. Ses textes à ce propos sont en réédition. Sans pouvoir présenter l’ensemble de sa pensée sur l’hospitalité précisons ce qui suit.

La référence principale sur l’hospitalité est celle des Séminaires à Paris en langue française organisés à l’EHESS en 1995-1996 et 1996-1997 qui ont été repris partiellement dans divers lieux et contextes. Les précisions  suivantes à propos de ces séminaires sont apportées par Ginette Michaud, dans un texte numérique daté du 8 février 2021[47]. « Trois séances de ce séminaire donné par Jacques Derrida à l’EHESS, à Paris, en 1995-1996, ont été publiées en français à ce jour : deux dans De l’hospitalité : « Question d’étranger : venue de l’étranger », quatrième séance, le 10 janvier 1996 et « Pas d’hospitalité », cinquième séance, le 17 janvier 1996. Une (première séance, le 15 novembre 1995), a été reprise sous le titre « Hospitalité » dans la conférence donnée par Jacques Derrida à Istanbul en 1997 (parue dans Cogito en 1999 et traduite dans Angelaki en 2000).

Par ailleurs, quatre séances du séminaire de 1996-1997 ont été traduites en anglais par Gil Anidjar dans Jacques Derrida : Acts of Religion, Gil Anidjar (éd.), New York et Londres, Routledge, 2002 : « Hospitality », quatrième séance, le 8 janvier 1997 (p. 358-380), cinquième séance, le 12 février 1997 (p. 380-402), sixième séance, le 5 mars 1997 (p. 402-408) et huitième séance, le 7 mai 1997 (p. 408-430). Derek Attridge précise à ce sujet : « There are two published lectures by Derrida called ‘Hostipitality’, a seminar published in Acts of Religion (ed. Anidjar) and a lecture he gave in Istanbul in 1997, which repeats some of the material from his seminars, published in translation in Angelaki»[48]

Point de méthode. Il est donc important, en langue française surtout, de ne pas en rester à un texte partiel édité en 1997, par Anne Dufourmantelle[49].

Nous apprenons aux pages 131 et 133 de ce livre, que J. Derrida formule en synthèse trois questions concernant l’hospitalité dans ces séances qui ouvre la suite des travaux du séminaire sur l’hospitalité: (1) la critique de Kant, qui ne distingue pas pour lui « entre une loi inconditionnelle ou un désir absolu d’une part et d’autre part, un droit, une politique, une éthique condionnelles, il y a distinction, hétérogénéité radicale, mais aussi indissociabilité… » (p. 131) ; (2) laprédominance de la violence dans les exemples choisis dans la structure du droit à l’hospitalité  et du rapport à l’étranger, qu’il soit hôte ou ennemi : « il s’agit d’un modèle conjugal, paternel et phallocentrique. C’est le despote familial, le père, l’époux et le patron, le maître du séans qui fait les lois de l’hospitalité » (p. 131) ; (3) la « question difficile » qui est celle de l’examen nécessaire de situations où l’hospitalité est non seulement « coextensive à l’éthique, mais où la loi d’hospitalité serait pour certains « au-dessus d’une « morale » ou d’une certaine « éthique » (p. 133)[50]

La proposition limitée de Derrida en 1993 reprise ici se centre sur les villes-refuges à partir d’une expérimentation de ville-refuge à Strasbourg, dans un cadre transversal et local à toutes les frontières. Elle croise de nombreuses expérimentations de refuges aux frontières en Europe, aux Etats-Unis[51], et ailleurs qui se sont développés depuis lors. Elle apporte des éléments importants pour d’autres expériences sur l’espace et l’espace public dans des expériences de luttes (Refuges, ZAP, etc.). Elle permet de mettre en cause la « criminalisation » d’actions des solidaires et des exilés.

Elle refonde le cadre politique étatique en le déplaçant vers de nouveaux cadres et espaces souples et en mouvement – espace public des villes – appelés à articuler le local et le global. A un moment où plus du 50% de la population mondiale vit dans des villes de plus d’un million d’habitants, on saisit les limites de la structure d’Etat et d’Etats-nation, impliquant de nouveaux cadres, formes de participation civique destituante/constituante. La proposition est appelée à prendre une place nouvelle en philosophie politique, en droit, dans la citoyenneté, les praxis d’une hospitalité politique refondée en s’enrichissant d’autres expérimentations dans les Refuges aux frontières  en Europe, aux Etats-Unis et ailleurs.

Soulignons qu’une telle proposition concerne la recherche d’ un nouveau cadre de dépassement de l’Etat, pour rendre effectif l’hospitalité de réfugiés en quête de protection – alors qu’au moment où elle a été formulée, le durcissement des lois et pratiques nationales s’accentuaient. Mais, si on la considère de manière transversale, quant aux besoins d’hospitalité politique lié au aux besoins d’entre-protection, d’échange, aux besoins sociaux, d’appartenance se conjuguant entre plusieurs lieux, communautés d’appartenance, la question ne concerne pas seulement les réfugiés, mais les exilés au sens large. On pense par exemple aux banlieues, ces cités peuplées de travailleurs immigrés en provenance de pays colonisés, oubliées de l’Etat, sauf par la police, qui survivent dans la pauvreté et le désespoir, en ce qui concerne la France. On pense aux revendications des gilets jaunes et d’autres mouvements des luttes féministes et anti-racistes, et pour le climat.

La proposition qui a plus de 25 ans est particulièrement intéressante, car elle formule une voie d’action et de réflexion politique et philosophique sur le dépassement le rapport entre liberté de mouvement et espace. Elle vise à dépasser la souveraineté du système d’Etat et une démocratisation à la fois locale et transversale. L’argumentation de Jacques Derrida est construite à partir du corpus de la tradition de l’hospitalité et elle aboutit sur une aporie en se heurtant, comme Monique Chemillier-Gendreau depuis l’angle du droit international à l’impasse de la souveraineté de l’Etat. Ce que Derrida montre à propos des villes-refuges est en train d’être prolongé dans des pratiques d’autonomisation et d’auto-organisation de Refuges, d’hébergements, d’Universités libres, de lieux de vie alternatifs, en créant des cadre politique nouveaux, en s’émancipant de l’Etat par des formes d’auto-organisation articulées et transversales dans les mouvements.

Proposition 5 (Marie-Claire Caloz-Tschopp et travail collectif[52]). Hospitalité politique par le renforcement de la Résistance de rupture dans dix actions concrètes.

Pour pouvoir devenir politique, et généralisableà l’échelle de la planète l’hospitalité mérite d’intégrer le panorama des transformations de la violence, dans tous les domaines de la vie vie, le travail, la sécurité, les échanges par un travail critique la très longue tradition avant et avec l’Etat. Elle mérite surtout de sortir de l’enclos des « étrangers », de l’apartheid permettant la division des travailleurs (jeu sur les salaires),  des expulsés et expulsables du lien Eux-Nous, étrangers, amis-ennemis.

Limiter l’usage du mot politique à l’accès au droit de vote, aux politiques d’intégration des « étrangers », des « migrants », c’est finalement encastrer le terme politique dans la souveraineté d’Etat d’apartheid en oubliant la souveraineté des peuples. La question n’est pas  tactique. Elle concerne un déplacement radical et une stratégie politique, philosophique d’ensemble visant le dépassement de l’apartheid et de la souveraineté d’Etat en assumant la responsabilité de penser l’hospitalité dans l’horizon de la justice au sens le plus général.

L’enjeu est de sortir de l’apartheid, des catégories souverainistes d’Etat carcans de la politique des « étrangers », du poids sur les concepts juridiques philosophiques de souveraineté territoriale et sur les populations, les biens par l’Etat dans des rapports d’allégeance individus-Etat bien décrits par Marx, avec le souci d’une prise en compte des « peuples » et des spécificités des divers terrains pour tisser des convergences et des diversités. La Résistance de rupture anti-apartheid et anticapitaliste est la condition de possibilité de l’hospitalité politique généralisable à tous les secteurs de la vie en société. Y-t-il aujourd’hui un lieu où l’aspiration à la liberté politique, au  travail, à la sécurité – BIEN COMMUNS – ne soit pas une nécessité vitale ?

Pour pouvoir devenir politique, au sens le plus général et le plus radical, l’hospitalité est appelée à intégrer les trois considérants en rapport à la propriété commune de la Terre, à l’histoire,  à la résistance. En bref : La condition de possibilité de l’hospitalité politique exige un dépassement de la double aporie du capitalisme acapareur et destructif, de la souveraineté de l’Etat. L’Habeas corpus et l’Hospitalité politique sont deux référents de l’histoire incontournables de la réflexion historique et actuelle qui peut permettre la transformation de ces apories en énigmes tragiques. L’hospitalité ne devient politique que par la Résistance de rupture.

TRADUCTION EN ACTIONS : 10 axes d’actions

A partir de là, partons de l’état actuel avec le poids du passé, du passage à l’appropriation de l’hospitalité par l’Etat (Kant) et de son dépassement avec un souci d’autonomie et d’auto-organisation, en tentant de nous situer dans l’urgence et l’histoire de ce qui est connu, ce qui implique d’articuler histoire, philosophie, politique, droit.

Les luttes nous apprennent à conjuguer, temporalités, espaces, cadres, expériences, recherches, actrices, acteurs, en ouvrant l’horizon autour du moment opportun (Kairos), de la conjoncture, de l’événement. Refonder l’hospitalité politique destituante-constituante par la Résistance de rupture – dont la désobéissance civique inventée dans un cadre de décolonisation et appelée à être repensée[53] – implique des luttes à plusieurs niveaux. Dans la proposition 5, nous présentons  10 points de mémoire, de conjoncture et d’urgence[54] qui sont la synthèse de diverses propositions déjà avancées sur la situation actuelle:

(1) L’hospitalité politique n’est pas une question de marché, de force de police militarisée (Frontex), mais de puissance d’action imaginative dans des rapports d’échange égalitaires, renforçant la démocratie et l’autonomie (Castoriadis) par l’élaboration du conflit hospis-hostis. La domination par le marché et la force conduit à la « violence extrême » imprévisible (Balibar) et affaiblit la puissance d’agir.

Ce que montrent, non seulement des expériences historiques de dictatures, de régimes autoritaires actuels, mais aussi les coûts exponentiels, prohibitifs des mesures coercitives (ex. Frontex, vols spéciaux, NEM, Dublin, etc.), de « dissuasion » inefficaces, de péjoration du travail d’accueil, le mépris de mesures positives mais partielles de renforcement du service public « d’intégration ». L’exigence du contrôle démocratique s’oppose au confinement de l’hospitalité politique dans une sphère de marché du profit et étatique dominée par la  police militarisée. Cela implique des contre-pouvoirs, un contrôle étroit par les citoyens des budgets, institutions, dispositifs, outils de contrôle dont Frontex et des luttes pour « déplacer » les dossiers.

(2) L’hospitalité est incompatible avec les politiques d’apartheid (Monnier) qui font fi de l’égalité qui est la « mésentente » incontournable (Rancière), dans l’ensemble des politiques et en particulier les politiques migratoires et les politiques sociales.

(3) L’hospitalité politique exige des dispositifs et outils servant à la mise en liens de protection, de sauvetage, de secours partagés et non à une philosophie d’apartheid, de « séparation », de « sûreté », de force, de guerre, de pistage, de contrôle et d’expulsion forcée où les nouveaux outils numériques jouent un rôle prépondérant. 

Cela implique un strict contrôle par des contre-pouvoirs des usages d’outils numériques du capitalisme de surveillance[55] dans les politiques migratoires.

 (4) L’hospitalité politique est une question de puissance d’action de résistance, de construction inlassable des liens de vie, d’échange du Commun pouvant seuls assurer l’existence de « communautés politiques organisées ».

L’hospitalité politique en tant que bien commun, lien d’entre-protection, de solidarité est un référent transversal à de nombreuses situations et pas seulement à la migration. Il faut sortir la question de l’hospitalité politique du domaine des « étrangers », de la « migration », de la « sûreté », etc. et la poser comme un ancrage d’entre-protection de la vie en commun à pratiquer dans l’ensemble des domaines des sociétés et des Etats et à l’échelle de la planète Terre concernés par la sécurité publique.

 (5) L’inventaire de la diversité et des convergences des formes d’hospitalité liées aux nouveaux besoins de protection, d’échange, de solidarité est nécessaire pour connaître et répondre aux besoins fondamentaux d’entre-protection au sens le plus général en tant qu’ancrage du « droit d’avoir des droits » (Arendt) pour la condition humaine et les liens à la nature. En cela elle est politique.

(6) La dépropriation de l’hospitalité par la souveraineté d’Etat articulée au contrôle du territoire et des « sujets » à soumettre et à contrôler, des biens, sa réappropriation par les citoyens exige le renversement de la souveraineté étatique en souveraineté démocratique fédérative favorisant l’auto-organisation.

Cela implique d’une part l’abolition du délit pénal d’hospitalité (ou de solidarité) et l’inscription du droit de résistance dans les constitutions, les droits des Etats et d’autre part la  condamnation des lacunes et de la carence d’hospitalité par les Etats dans les constitutions et les lois, illustrée sur le terrain de l’application du droit d’asile et dans d’autres domaines par les « carences de responsabilité » des Etats.

Pour renverser la criminalisation de la résistance politique en acte de courage citoyen, un prix d’hospitalité politique civique de résistance de l’Autre Europe est instauré.

 (7) L’hospitalité politique est la traduction déconstituante/constituante la liberté politique de se mouvoir et l’exercice du droit de fuite non de la « mobilité » des populations, de la « libre circulation » de la main-d’œuvre. Les mots sont importants.

La migration est un des terrains de mensonges politiques et de distorsions de langage par la violence d’Etat et la violence du capital (dont ceux décrits par le projet) qui encouragent la haine et la violence extrême banalisée exercée sur les « étrangers »  à surexploiter et à exclure, et elle est étendue à la population précarisée.

(8) Une convention, deux pactes de droit internationaux doivent être signés et appliqués par les Etats et l’UE avec un contrôle démocratique, tout en articulant les actions de la migration aux actions contre les multinationales et les empires :

  • la Convention de l’ONU sur les travailleurs migrants et leur famille ;
  • le Pacte de Marrakech en intégrant l’hospitalité dans les principes de base allant au-delà de la « mobilité » pour se centrer sur les droits fondamentaux rattachés à la liberté politique[56] et en se donnant les moyens (ombusman collectif, tribunaux) de surveillance et d’inventaire, de sanctions centré sur l’évaluation de la gravité des délits et des crimes et des carences dans les droits de protection.
  • le Pacte européen sur la migration et le droit d’asile en déplaçant le débat de la libre-circulation, de la mobilité en liberté politique de se mouvoir, impliquant le « droit de fuite ». Le Pacte migratoire ne peut être un simple dépoussiérage rhétorique de la philosophie de Schengen. L’analyse de Schengen, nous montre qu’un travail critique a ce niveau est fondamental et qu’il s’accompagne d’un radical déplacement de la manière d’imposer les politique du travail[57] et de la sécurité.

(9) Histoire, actualité : délit et crimes. La caractérisation des  délits et des crimes est fondamentale dans le domaine de la migration où l’impunité est dominante. Quels sont les crimes et qui sont les criminels ?

La question doit être pris en compte dans les travaux de recherche[58] et les nouveaux objets et outils du droit pénal, des tribunaux. Des travaux historiques sur les politiques de torture et de disparition au 20e siècle (colonisation, impérialisme, dictatures et l’analyse actuelle des politiques migratoires et dans d’autres domaines), permet de repérer des traces de telles pratiques dans les politiques migratoires (Perocco).

Dans certains de violations graves des droits fondamentaux, la caractérisation de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, notions créées à la fin de la deuxième guerre mondiale montrent à la fois leur pertinence et leurs limites. La Convention sur les disparus de l’ONU a été un pas important grâce à des exilés latino-américains.  Des nouvelles politiques de torture et du « faire disparaître », entre continuité/discontinuité exigent un approfondissement de ces critères pour qualifier les crimes actuels.

(10) Le délit de carence. La tenue régulière de Tribunaux locaux et d’un Tribunal européen en rapport étroit avec la création d’un Instance internationale remplaçant Frontex est un incontournable espace public de résistance permanent, assurant la défense et la création de l’hospitalité politique.

A propos de l’hospitalité politique dans les droits et les pratiques d’Etat, il faudra évaluer et sanctionner à la fois la non application du droit existant et les lacunes du droit (ex. absence de l’hospitalité politique, du droit à la résistance dans les constitutions ; pénalité par absence de responsabilité). Le « délit de carence » concernant les droits fondamentaux, appliqué pour le climat en France (écocide) fournit un exemple concret qui peut être expérimenté dans le rapport entre la migration et de l’hospitalité politique et dans d’autres domaines, dont le travail et la sécurité.

II. EUROPE. CE QUE NOUS NE VOULONS PAS

1. 1968-2000. Ce que nous a appris le tournant du « laboratoire » Schengen

En bref, nous avons appris que le « laboratoire » Schengen, sa rhétorique sur le grand marché unique , la libre-circulation des capitaux, des biens, des services, de la main-d’œuvre avec le Service Information Schengen (SIS) est l’outil de surveillance,  a fait suite au renforcement de l’apartheid européen héritée du colonialisme, de l’impérialisme. Il a conjugué les impasses du  capitalisme de marché et de l’approche sécuritaire, en pratiquant le mensonge politique pour induire un consentement à la force aveugle,  non seulement dans le domaine de la migration, mais sur l’ensemble des populations, en hypothéquant pendant des années, le débat politique sur une Autre Europe politique, y compris dans les politiques de l’économie, du travail, du chômage, de la sécurité, de la politique internationale, de la santé, de la formation, etc..

Le COVID suffit à montrer l’urgence d’une autre approche du travail et de la sécurité au niveau planétaire. Avec la trilogie Schengen-Dublin-Frontex, nous avons appris que la libre-circulation des biens, des capitaux, des personnes en fait la liberté sans frein du capitalisme en Europe, relayé au moment du Pacte migratoire par  les discours sur la « mobilité » des populations est devenu un argument de la réorganisation du marché du travail globalisé. La notion de la mobilité qui vise à dépasser le chaos de la surexploitation des humains dont certains deviennent inintégrables, censé assurer une place à l’Europe dans la concurrence économique, géopolitique globalisée est-il une base permettant de renouveler, reconstruire une Autre Europe ? 

La mobilité, concept liée au Pacte mondial sur la migration,  notion, pleine des rêves de voyages en échappant aux contraintes mérite d’être analysé face à la réorganisation du marché du travail à plusieurs vitesses et aux expulsables, aux contraintes du climat. Ce n’est en aucun cas un concept assimilable à la liberté politique de se mouvoir pour créer une Autre Europe dans un contexte mondialisé où les rapports économiques, géopolitiques entre puissances, se redéfinissent. Les urgences d’une réelle politique du travail, de la sécurité publique s’aiguisent, non seulement avec la brutalité d’un marché laissé à Frontex, aux polices, aux passeurs, aux marchands de nouveaux esclaves. Les urgences climatiques ne se satisfont pas de faux fuyants. Aujourd’hui, le modèle Schengen-Dublin-Frontex, atteint ses limites en exigeant une refondation du débat politique européen s’appuyant sur l’hospitalité politique.

2000… 2021. De Schengen au complexe sécuritaire militaro-industriel de Frontex

Parcourir presque 50 ans de praxis, par des chemins limités a permis de saisir des tendances de fond depuis un regard philosophique et d’autres regards croisés. Vu l’objet et les enjeux tragiques, notre démarche qui s’interrogeait sur la résistance, ses acquis, ses freins, son horizon avait quelque chose de surréaliste. Mais les résultats sont là.

Un tel parcours, permet de saisir la genèse d’un processus sécuritaire articulé à une Europe du marché et des trafics de passeurs, de policiers aux frontières fondé sur l’offre et la demande de main-d’oeuvre et de voir Schengen avec un autre regard et d’analyser la criminalisation des solidaires, des hébergeurs partout en Europe (voir base de données) et Frontex sans le fard de la sécurité accompagnant l’ultra-libéralisme. Le dossier Frontex est très fourni grâce au travail d’information de très nombreuses ONG, dont le GISTI, Migreurop, et aussi d’institutions de contrôle et de justice de l’UE, du Parlement européen, etc.. Il convient d’en faire un bilan sérieux.

L’accumulation des violations des droits fondamentaux, la torture banalisée dans les politiques migratoires, les politiques de mort de masse et du « faire disparaître » s’étendant de dictatures nourries par la brutalité coloniale à l’ensemble des politiques d’Etat et des multinationales appelle à des solidarités d’urgence. Les praxis aux frontières sont remarquables, mais ne nous épargnent pas un bilan d’ensemble et de proposer des mesures drastiques de réorientation (5 propositions).

A l’échelle de la planète, des défis de sécurité publique, le débat sur la sécurité publique se complexifie. Il ne peut se limiter à la sûreté aux frontières. Des réfugiés « économiques », les discours ont passé aux « terroristes », avec des stratégies de contrôle, d’emprisonnement préventives. La tendance sécuritaire (institutions, discours, dispositifs, outils) est présente dans tous les Etats européens pour ne parler que de l’Europe[59].  Septembre 2001 n’est plus au devant de la scène internationale[60]. La Chine cherchant l’hégémonie impériale qui lie marché et autoritarisme a pris le relais. Les rapports de force se déplacent en Asie Les brèches entre sûreté et libertés publiques s’approfondissent. Au Parlement suisse, par exemple, le 13 juin 2021 a été débattue la loi sur les mesures policières (MPT) qui a été soumise au vote. Elle a été acceptée à 56,6% et refusée par 43,4% des votants, avec un taux de participation de 60% des votants. Elle est « lourde de menaces liberticides ».

L’usage flou du concept de « terrorisme », la présomption d’innocence ont été des outils déjà bien mis en scène par Steven Spielberg dans son film Minority Report (2002). Présumé d’être coupables rentre dans les moeurs[61]. On voit aussi les liens avec le capitalisme de surveillance que décrit une sociologue américaine[62] analysant les Gafams, en appelant à des contre-pouvoirs et à un nouveau droit des libertés publiques intégrant les nouvelles technologies. Il est aussi à l’œuvre aussi dans les politiques migratoires qui sont des laboratoires d’essai, après les pays soumis à des dictatures, à l’ultra-libéralisme et au Plan Condor.

Sur ce terrain, en Suisse, les atteintes aux libertés publiques avaient commencé déjà au XIXe siècle et  en 1994, par les mesures de contrainte (voir base de données) appliquées à des réfugiés soupçonnés de vouloir échapper aux mesures d’expulsion. Logique d’apartheid durcie dans l’air du temps. A l’époque la mesure a passé tout droit. L’affaire des fiches a été oublié, quand un citoyen sur 4,5 était fiché. L’attaque des libertés publiques continue aujourd’hui au Parlement fédéral suisse en 2021 par ce projet de loi. Cette fois-ci, les étrangers ne sont plus les seules menaces. Les militants[63], l’ensemble de la population sont visés.

Retour à l’Europe. En constatant la nouvelle condition tragique, le développement exponentiel de Frontex, les multiples dénonciations diverses des médias, d’ONG, les sanctions du Parlement européen, de la Cour de Justice s’accumulent. Un rapport sévère de la Cour des comptes de l’UE[64] au Luxemburg (« instrument essentiel dans le projet de « pacte global »), comme le soulignent Claire Rodier et Olivier Clochard dans Migreurop, font douter du rôle et de l’efficacité de Frontex qui, selon des discours, est de contrôler les frontières extérieures de l’UE, de lutter contre la migration illégale et la crimination et le respect des droits fondamentaux. Point névralgique alors que des mesures d’augmentation exponentielle sont prises (avec l’appui de la Suisse notamment).

Malgré le discours sur l’échange d’informations, il n’existe pas de statistiques globales, l’intervention rapide de Frontex (sauf en Grèce). Frontex n’a pas été capable de prévenir l’arrivée massive des migrants en 2015-1016, ni de respecter les droits fondamentaux dans sa mission. On comprend que dès 2006, Migreurop et d’autres ONG ont demandé, non la réforme, mais l’abolition de Frontex qui est une institution sécuritaire de police militarisée qui a agi en roue libre depuis sa fondation en 2004. Aujourd’hui, la revendication reprise par AbolischFrontex et un large ensemble d’organisations réapparaît comme une décision urgente.

D’un point de vue philosophique, alors que le Pacte migratoire basé sur les même valeurs que Schengen tarde a être signé par les Etats, dont la Suisse, tant Schengen que Frontex montrent la dangerosité d’une approche de questions politiques européenne par la force à courte vue qui menace non seulement les migrants, mais les populations européennes. Une telle approche cache  l’urgente et nécessaire construction d’une Europe alternative sur des bases philosophiques et politiques s’appuyant sur les droits fondamentaux et aussi nouvelles. Cela nous amène non seulement à prendre acte des travaux de la Cour Européenne de Justice, de la Cour des comptes de l’UE, d’autres instances, ONG, mais à prendre en compte aujourd’hui une importante proposition de Migreurop déjà avancée en 2006, dans les 5 propositions énoncées et qui est mise en œuvre en juin.

En bref, dans le sillage du « laboratoire » Schengen, Frontex, entreprise non coté en bourse, a été fondé en 2004 à Varsovie. Elle annonçait  entre 2021 et 500 employés en 2019. A cette date un plan annonçait l’engagement de 10.000 gardes frontières et de gardes côtes des frontières extérieures avec un recrutement actif. Le budget a passé de 100 millions (2016) à 2 milliards (2014-2020) à 10,8 milliards (2021-2027).

Le projet est le fer de lance d’une réforme complète de l’immigration en Europe et de la mise en place d’un « force géopolitique dans le monde » (Interview de Ursula von der Leyen du 20.11.2019), « sans réel contrôle démocratique » dénonçait le syndicat solidaire des douanes en 2019 (voir annexe). On peut lire des appels d’offre pour augmenter les expulsions (142 millions pour les camps de Grève ; des offres de canditures de personnel, en prenant acte que l’UE a investi 3 milliards  pour les techniques européennes, de sécurité, etc…  Migreurop a établi des cartes de Fontex (en annexe).

Dès 2013, « une bataille juridique a été engagée par des juridictions de l’UE (Cour de justice, Cour des comptes de l’UE), internationales condamnant « les pouvoirs trop étendus de Frontex » outrepassant ses compétences au détriment du Parlement européen, des instances juridiques de contrôle. Migreurop et d’autres ONG, groupes, Frontexit, Conseil et députés du Parlement européen, etc. continuent à documenter une politique européenne des migrations concentrée sur le refoulement des personnes et le financement de régimes autoritaires ou instables voisins, l’expulsion au mépris du droit et de l’obligation du sauvetage en mer.

Les violations des droits fondamentaux s’accumulent, la manipulation des statistiques est de mise. Frontex qui a promis d’engager des experts en droits de l’homme mais peine à trouver les candidats. Frontex est un piège. La demande, non plus seulement du contrôle, de la dénonciation de violations, mais d’un conflit entre une demande de renforcement, de soutien et de démantèlement de Frontex à la fois pour des raisons d’équilibre des trois pouvoirs de l’UE et de violation des droits fondamentaux, des droits syndicaux est arrivée enfin au devant de la scène  (voir proposition 1).

En résumé, en constatant la nouvelle condition tragique, le développement exponentiel de Frontex, les multiples dénonciations diverses des médias, d’ONG, les sanctions du Parlement européen, de la Cour de Justice s’accumulent. Un rapport sévère de la Cour des comptes de l’UE[65] au Luxemburg (« instrument essentiel dans le projet de « pacte global »), comme le soulignent Claire Rodier et Olivier Clochard dans Migreurop, font douter du rôle et de l’efficacité de Frontex qui, selon des discours, est de contrôler les frontières extérieures de l’UE, de lutter contre la migration illégale et la crimination et le respect des droits fondamentaux. Point névralgique alors que des mesures d’augmentation exponentielle sont prises (avec l’appui de la Suisse notamment).

Malgré les discours sur l’échange d’informations, il n’existe pas de statistiques globales, l’intervention rapide de Frontex (sauf en Grèce). Frontex n’a pas été capable de prévenir l’arrivée massive des migrants en 2015-1016, ni de respecter les droits fondamentaux dans sa mission.

On comprend que dès 2006, Migreurop et d’autres ONG ont demandé, non la réforme, mais l’abolition de Frontex qui est une institution sécuritaire de police militarisée qui a agi en roue libre depuis sa fondation en 2004. Aujourd’hui, la revendication reprise par AbolischFrontex et un large ensemble d’organisations réapparaît comme une décision urgente.

2. Et la Suisse ?

Un fait qui n’est pas évoqué dans la base de données concernant la Suisse est le croisement entre la fin du secret bancaire sous l’impulsion des banques américaines que l’Affaire Kopp a révélé, et ses liens avec les politiques migratoires de l’UE.

En situant le débat sur le rôle de la Suisse et Schengen/Dublin/Frontex, un constat s’impose. La Suisse officiellement hors de l’Europe politique fait partie de Schengen, Dublin, Frontex. Dès 1986, dans un Séminaire organisé à l’Université de Lausanne, nous nous demandions quel était son rôle dans le « laboratoire » Schengen[66] et si le Parlement suisse était informé de versements budgétaires aux polices européennes, de transferts d’outils sans contrôle du Parlement, sans réaction du Conseil fédéral. La Suisse qui s’en tient à une stratégie bilatérale, fait partie de Schengen et de Frontex, mais pas de l’Europe politique, des droits de l’homme, a participé à l’élaboration d’outils policiers (3 cercles, empeintes digitales, camps, loi de contrainte, etc.) à des « vols spéciaux » d’expulsions forcées (voir base de données).

En 2019, elle a accepté d’augmenter sa contribution à Frontex de 75 millions par an jusqu’en 2024, de détacher 16 experts pour 2 ans et 59 pour 4 mois. Le directeur Liggeri de Frontex a demandé plus d’experts[67] et des hélicoptères à la Suisse. Les arguments du débat évoquent la perte de souveraineté, la connivance des sauveteurs d’ONG avec les passeurs, le renforcement de la participation de la Suisse en posant des conditions[68] en annexe et aussi l’instauration du contrôle, versus la protection », l’incompatibilité entre protection et expulsion forcée (avec le vocabulaire du « retour volontaire »), la militarisation de l’Europe, les morts sans possibilité de deuil[69] que ce soit dans la Méditerranée, les routes d’exil dans l’espace européen et ailleurs (par exemple entre l’Amérique latine et les Etats-Unis). 

Au moment de graves incendies du camp de Moria en septembre 2020, dans les déclarations de l’UE créant des hotspots, tout en versant une subvention à la Turquie, la Commission Fédérale de la Migration (CFM) suisse constatant « un manque de solidarité entre les Etats membres » appelait à un engagement « résolu » pour le futur dans un « mécanisme de répartition entre les Etats », (décembre 2020). Elle ne s’est toutefois pas engagée à signer le Pacte migratoire et d’autres Conventions (voir propositions).

Il est vrai, qu’il était impossible de se contenter de continuer le consensus autour de l’apartheid des politiques migratoires, du travail, par exemple, depuis la Suisse, en signant un « accord-cadre » entre la Suisse et l’Europe, faisant fi de mesures d’accompagnement pour la protection des droits des travailleurs y compris des travailleurs étrangers, des sans-papiers, de la protection des droits sociaux, des libertés, des droits fondamentaux, pour… renforcer la compétitivité. Ce que soulignent les syndicats et le SECO. Mais le débat sur l’Europe politique va-t-il reprendre ?

La Suisse fait activement partie du « laboratoire » Schengen, mais pas de l’Europe politique. Refuge dans des accords bilatéraux. Symptômes d’une tactique de grignotage d’avantages depuis une place d’exception et l’illusion de sauvegarder les intérêts. De quelle Europe, de quelle Suisse était-il question ? Celle que prône l’UE de Schengen-Dublin-Frontex et la Suisse officielle ? Quelle place a la Suisse en Europe, après les doctrines du Sonderfall (exception) et de la « neutralité appelée à devenir  « active »[70] « pour une UE plus puissante et plus présente dans un monde polarisé » en faveur du droit international et de la paix, en prenant en compte les menaces politiques, économiques, sociales, technologiques, climatiques qui « fragilisent l’équilibre mondial ».

Un fait montre en effet l’emprise de Frontex en Suisse: la « loi sur les mesures policières contre le terrorisme » (LMT) soumise à votation en juin 2021.  Loi de la  « suspicion généralisée », ne favorisant pas la sécurité en ouvrant la porte à l’arbitraire ; loi superflue, car le droit pénal couvre déjà le domaine préventif en matière de lutte contre le terrorisme ; loi inutile car ceux qui veulent vraiment commettre un attentats ne seront pas arrêtés par des mesures de contraintes (bracelet électronique, assignation à résidence), écrit Amnesty International, à propos de la LMT, avec une large coalition d’ONG et plus de 60 professeurs d’université. Par ailleurs, comment cautionner la déliaison entre la sûreté et la justice, du pouvoir d’agir retiré au Parlement, aux magistrats, dans un nouveau projet de loi fédérale sur les mesures policières de lutte contre le terrorisme (LMT)  du Conseil fédéral qui « viole les principes d’objectivité et de vérité » dans la brochure de présentation du projet (plusieurs recours d’avocats)? Les arguments pour voter Non sont nombreux et de plusieurs sources, je les reprends pas systématiquement ici[71]. A ce stade, les sondages sont favorables à la LMT.

En résumé, la LMT est un projet de loi qui a  rétabli une politique politique en liens directs, avec d’autres polices européennes, après d’autres actes de contrôle des étrangers, des opposants, des non conformes depuis la fondation de la Suisse moderne[72]. Le projet de loi prévoyait, en rupture avec les principes de liberté, que le pouvoir du Parlement, des magistrats est transféré à un organe de police fédérale sans contrôle judiciaire, du Parlement et du peuple (droits d’initiative, de referendum). En clair, il retire au Parlement le pouvoir de ratifier les traités de de collaboration policière conçus par le gouvernement avec des Etats étrangers, arrangements directs du Conseil fédéral avec des Etats qui violent les droit de l’homme, ce qu’il peut refuser aujourd’hui. Elle fait fi d’une vraie protection des prévenus (accès à un juge, à son dossier, mise sur des listes de suspects), violation de la Convention de l’ONU sur les droits de l’enfant (privation de liberté dès 15 ans), etc..

Hier, tous condamnés pour l’exercice de la solidarité par la désobéissance civile ? Aujourd’hui, tous présumés terroristes soumis à des détentions arbitraires comme le constatent les militants du climat par exemple ? L’histoire suisse nous renseigne sur les conflits autour de la sécurité et les attaques aux institutions démocratiques. L’acceptation de la LMT fait émerger ces questions aujourd’hui à mettre en rapport avec les débats sur Frontex et la lutte « antiterroriste » dans plusieurs Etats européens.

3. De cette Europe nous n’en voulons pas

De cette Europe, nous n’en voulons pas. Nous sommes mis au défi de continuer la création de l’Autre Europe ancrée dans l’hospitalité politique, en intégrant les urgences du climat, féministes, migratoires, etc.. et l’évolution d’un « marché unique » dérégulé articulé à des forces sécuritaires. Face à  ces urgences convergentes où il n’est plus possible de vivre une cause comme antagonistes des autres. De quoi aujourd’hui est-il urgent de se protéger, de bâtir une politique de sécurité publique d’ensemble ? En quoi l’hospitalité politique nous aide à comprendre comment s’est tissé un consentement à la guerre, à la violence devenue imprévisible et nous conduisant à une tragédie planétaire de l’extermination de masse ? Comment, à quelles conditions nous protégerait-elle toutes et tous ? Quelle stratégie pour s’émanciper du sécuritaire, du pénal ?

 Les débats autour de l’Europe ces 30 dernières années ont été suffisamment ambigus pour que la fragmentation, la fragilisation, la précarisation soient la règle « d’opportunité » et qu’un projet européen anticapitaliste ne puisse émerger et prendre de l’ampleur. La destruction arrive à ses limites. La question exterministe, politique, philosophique, de civilisation s’impose aujourd’hui.  Elle ne se satisfait pas de mesures techocratiques et policières et d’une philophie uilitariste liée à la destruction des rapports de travail, à la consommation[73], à la surveillance, à la base du consentement.

A partir du terrain du travail, de la migration, du droit d’asile, nous apportons cinq propositions pour une Autre Europe. Travail de funambule à la mesure des défis. Pourquoi pas ?

Et si l’hospitalité politique, l’habeas corpus, la liberté de penser, d’agir étaient devenues incontournables en déplaçant, redéfinissant, réinventant la Politique et l’Europe ? La sécurité publique articulée à la justice n’est pas assurée par des politiques sécuritaires, des fonctionnaires de Frontex en uniforme armés et par des services de renseignement des pays européens, de l’UE et aussi de la CIA (NIC) dégageant les tendances politiques, militaires, économiques, social situées jusqu’en 2040[74]. Ces approches ont un point commun : elles prônent une vision et une intervention préventive de la force en étant limitées dans leur prospective.

La sûreté d’Etat ou de groupes multinationaux de pillage ébranle la sécurité de l’Europe et de la planète. Vertige démocratique tragique, solidaire qui ne se satisfait plus de la paix du Kant rêvant d’un droit international républicain base de la paix, en face de la force guerrière se voulant toute-puissante, illimitée, comme cela a été décrit… Aujourd’hui, le sol ce sont les planètes. Revendiquer le droit du sol pour combattre le droit du sang est certes important mais apparaît anachronique sans mise en cause de la souveraineté des Etats pris dans la toile d’arraignée de Schengen-Dublin-Frontex. Mais comment raisonner sur de nouvelles base, avec quels nouveaux concepts ?

Hier, comme on a pu le lire dans la base de données, il y a eu l’apartheid instauré avec le système d’Etats-nations souverains découpant à la hâche coloniale les territoires du monde, les laboratoires de l’ultra-libéralisme à la fin de la deuxième guerre mondiale sur les bords du lac Léman, retrouvée au Chili, dans le cône sud d’Amérique latine, et en Suisse (les fameux livres blancs), en Turquie aux frontières de l’Europe, le grignotage des droits fondamentaux, la destruction des institutions (ONU), et le « laboratoire Schengen » qui en appelait au courage pour détruire la Maison Europe en oubliant les trois piliers de l’édifice, dont celui de la justice de la Cour de Justice de l’UE qui s’affronte à Frontex qui, depuis Varsovie, confond sauvetage, expulsions et enfermements aux confins de la planète. En Europe, en Suisse voulons-nous vivre dans la réserve d’Indiens du complexe militaro-industriel des prisons et des camps de Frontex ?

Au XXIe siècle, un nouveau paradigme émerge pris entre nouvelles forces et nouvelles puissances d’agir dans la Résistance de rupture dans un contexte tragique. Ce n’est pas celui des Cités-Etats grecs, de l’empire romain, ni même des jeux des « puissances » européennes et état-uniennes impérialistes, guerrières dominant le monde entre le XVIIIe et le XXe siècle.

Pour pouvoir connaître ce qui arrive, la philosophie politique est mise au défi de réélaborer un imaginaire social-historique, des démarches, méthodes, outils,  concepts comme ceux de liberté, d’égalité, de solidarité, de guerres, de frontières, de souveraineté, de sécurité, de « libre circulation », de « mobilité », etc..

Elle est mise au défi d’abandonner l’approche dualiste eux-nous qui structure l’apartheid et essentialiste « amis-ennemis » de Carl Schmitt qui légitime les guerres dans tous les domaines, qui hier nourrissait les politiques exterminatrices, la xénophobie face aux travailleurs étrangers, puis les « faux » réfugiés, aujourd’hui la lutte contre le terrorisme, concept flou autorisant tous les débordements des rapports de force géopolitiques.

4. De quoi est-il question dans la Résistance de rupture?

Face à des stratégies de choc et de la nouvelle tragédie planétaire, il est question d’une refondation du, de la politique et de l’Europe sur la planète, ancrée dans l’hospitalité politique, inscrite dans la dialectique entre Résistance et Hospitalité politique, histoire et actualité. Le lien historique entre Habeas corpus et Hospitalité est appelé à s’inscrire dans le présent, nous ont rappelé les Mères de la la Place de Mai en Argentine. Leur mouvement s’est globalisé. En quoi le lien entre hospitalité et résistance de rupture permet de réinventer l’Europe et la Politique à l’échelle de la globalisation dans un contexte de tragédie planétaire, en se déplaçant radicalement vers l’innovation politique, en participant à la création d’un nouveau paradigme de « civilisation » basé sur l’hospitalité politique ?

Dans un projet de Praxis-Mémoire-Archives, la démarche s’appuie sur un récit  de traces retrouvées, récupérées, inventoriées et d’un déplacement auquel nous convie la Résistance de rupture. Le terrain est celui des politiques migratoires, de l’asile, du droit d’asile, le service public, le travail et d’autres terrains (femmes, climat, nouveaux savoirs, etc.).

Précisons d’emblée pour éviter toute équivoque, – comme on a pu le lire dans la base de données -, qu’il ne s’agit pas ici d’un essai philosophique, anthropologique sur l’hospitalité au sens de la longue tradition, de la morale, de l’humanitaire, ni, comme on peut le lire en évoquant l’hospitalité politique assimilant l’hospitalité aux politiques d’intégration, au droit de vote des étrangers encore prisonnier de l’apartheid. Il ne s’agit pas non plus d’ajouter un nouveau droit de l’hospitalité à la liste des droits. Elle existe dans les textes de loi internationaux qui ne sont pas appliqués rappelle Monique Chemillier-Gendeau. L’hospitalité politique  existe par des actions résolues de protection, de sauvetage, de secours et de, réflexion philosophique, citoyenne radicale d’une politique du Commun tragique à l’échelle planètaire nourrie des impasses, conflits, tensions entre l’imaginaire social-historique institué et instituant/constituant.

Police ou Politique ? Fortress Europ ?  demandait Nicholas Busch dans les années 1980 lors de la fondation du Groupe de Genève au moment de l’émergence de Schengen. En faisant un long parcours dans un labyrinthe complexe aux frontières, nous en sommes arrivés à donner une importance politique et philosophique centrale au desexil de l’exil et à la praxis de l’hospitalité politique destituante/constituante[75]. Dans un contexte de violence d’Etat et la violence du capitalisme, ses rapports aux transformations de la police, des armées, des armes, des outils technologiques, la criminalisation du droit de fuite des exilés, des praxis d’hospitalité appelées à devenir pleinement politique.

Face à la brutalité héritée du colonialisme, de l’impérialisme[76], un nouvel imaginaire de l’hospitalité lié à des praxis de Résistance de rupture devient une évidence politique. Les anciens Grecs, les multiples formes de la résistance dans l’histoire nous ont appris, que le monde tel qu’il est n’est pas immuable. Il peut être différent. La réflexion s’adresse à tout exilé.e en desexil. On pourrait y inclure la nature. Les cinq propositions pour le XXIe siècle ont aussi été élaborées en dialogue avec toutes sortes de résistant.e.s, celles et ceux qui ne sont plus là. On peut inclure à la lsite celles et ceux qui ne sont pas encore nés.

Nos méthodes pour imaginer, connaître, résister exigent de démonter[77] les transformations de la rhétorique de la force soit-disant « efficace »,  sur l’appropriation du concept de liberté, , de nous déplacer, alors que les manipulations des mots, émotions, passions tristes cachent les mensonges politiques de l’apartheid et de Schengen, ses dispositifs, ses outils (dont Dublin, les visas, le pays de premier asile, etc.), et la dangerosité de Frontext pour l’Europe. L’avons-nous identifiée dans ses bases et ses conséquences ?

Le contexte général s’est aggravé avec le tournant de Schengen (1980) avant le Covid. Changement de paradigme, écrivions-nous dans une recherche collective en 2007[78]. Le tournant Schengen-Dublin-Frontex néo-ultra-total-libéral et sécuritaire militarisé est devenu une impasse dangereuse pour l’Europe et la Politique. Exigence d’un retournement de la logique de criminalisation des exilé.e.s, des solidaires qui sont des actes d’honneur citoyen, d’un radical déplacement non seulement pour dénoncer des mensonges politiques, des pratiques « infra-humaines » mais renforcer, élargir, fédérer, une large Résistance de rupture anti-apartheid et anticapitaliste. L’enjeu de la résistance de rupture dans la mesure où elle est liée à l’hospitalité politique pour défendre créer une Autre Europe dans le monde.

Le conflit entre deux Europes est l’ossature d’une aporie qui traverse l’histoire de longue durée à transformer en énigme par les praxis, les savoirs. Il s’est accentuée au moment de la modernité, du capitalisme globalisé. Nous pouvons l’observer, l’expérimenter aujourd’hui encore et toujours sur le terrain de la migration, du climat, des luttes féministes, de la révolution arabe, des luttes antiracistes, des révoltes en Amérique latine, du covid, etc.. sur une planète découverte, conquise, confrontée à des urgences. Les dérapages et l’institutionalisation de la force face à la complexité, à l’incertitude, à l’inconnaissable sont inacceptables.

Nous sommes, non seulement à un tournant, mais à un moment de déchirure de l’histoire où tout change. L’Europe, l’occident ne sont pas en déclin. La rupture est à l’œuvre dans de multiples lieux d’innovations. Frontex n’est pas une rupture, c’est la continuité exponentielle de pratiques de violence aveugles, dangereuses, inacceptables déjà connues.

5. La portée du travail de mémoire au présent

La portée du travail rejoint bien d’autres travaux, actions. Elle se veut à la hauteur du poids politique et « civilisationnel » créatif, innovateur de la Résistance de rupture. Il est impossible de faire un bilan exhaustif de l’époque, de la violence d’Etat et du capitalisme multinational, ni encore moins d’établir le panorama des innombrables actrices et acteurs de la solidarité à toutes sortes de niveaux en Suisse romande, alemande, tessinoise, des Grisons, dans l’UE et ailleurs qui montrent la richesse, la diversité souvent invisible de la Résistance de rupture. Elle est pourtant là. La pointe visible de l’iceberg laisse deviner ce qui est souterrain. Nous n’attendions pas la Résistance de rupture. Nous l’avons vue, vécue, imaginée dans des éclats retrouvés qui rejoignent des luttes aujourd’hui.

Hier, nous avons tenté de décrypter le tournant du « laboratoire » Schengen entre Police et Politique, comme le formulait Nicholas Busch. Nous avons parlé de violence, de « démocratie sécuritaire » (Tafelmacher), d’un imaginaire de forteresse transformé en guerre offensive[79]. En 2021, nous assistons à la montée de la tempête sécuritaire dans de nouvelles structures, dispositifs, outils qui se mettent en place : Schengen-Dublin-Frontex. La rhétorique du libre-marché s’appelle « mobilité ». L’argument de la « sécurité », il faudrait écrire la « sûreté »  de forces de police militarisées, le trafic d’armes, les nouvelles technologies de contrôle, les changements de l’OTAN, les services de renseignement[80], se déplacent, transforment les Etats, les institutions européennes internationales[81], les droits, en détruisant des socles que l’on pouvait rêver immuables.

En posant des questions sur ce qui a été gagné dans une durée de presque 50 ans, des ambiguïtés, aveuglements face aux contradictions, à la complexité, à l’imprévisibilité, à une violence destructrice de prétendants maîtres du monde cyniques[82], jouant à la roulette russe en rêvant de s’installer sur Mars. L’usage du mensonge politique flagrant est patant. Que dire des discours anti-terroristes accompagnant les marchands d’armes, les rêves (post)impériaux dans une cour des Grands d’où l’Europe est marginalisée, alors qu’il n’existe pas de consensus sur le mot « terrorisme » à l’ONU ? Que dire des banquiers spéculatifs[83], des Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), de la lutte entre les Etats-Unis et la Chine sur les technologies d’information quantique[84] ? Les enjeux concernent la planète.

Au moment de finir le travail, l’addition des destructions du capitalisme de surexploitation, financier, de surveillance dans les rapports humains et avec la nature, se combine aussi, avec des dispositifs, outils de la destruction des acquis des révolutions (libérales, ouvrières, de la décolonisation, féministes, contre la guerre, des droits sociaux, de la connaissance) dans l’explosion de Frontex armé par les nouvelles technologies, qui impose le tempo pour échapper aux Parlements, aux institutions de l’UE, et aux contre-pouvoirs et forcer le consentement basé sur la haine, la prédation, le meurtre de masse.

6. La migration n’est ni un marché, ni une catastrophe « naturelle », ni un rapport d’apartheid

La migration n’est ni une catastrophe « naturelle », ni un marché, ni  un rapport d’apartheid. Depuis que les humains vivent, ils bougent,  exercent leur droit de fuite dans des conditions souvent extrêmes. La marge d’un rapport possible au réel se trouve dans des choix d’ordre politique pour agir dans l’histoire, le chaos du monde, mais pas dans « l’absolu » en limitant la question migratoire démographique bien plus complexe.

L’hospitalité suscite des désirs, refus, dénis, résistances et des engagements de solidarité avec d’autres humains. En quoi l’hospitalité, l’asile, le droit d’asile (droit de l’Etat) qui s’y réfère est une évidence dans la longue histoire de l’humanité, et de quel ordre ? Postulat de départ : le lien migration et hospitalité n’est pas une évidence de vérité. On sait que les manipulateurs de la haine n’en parlent jamais. C’est une possibilité d’exercice de l’imagination, de la curiosité et un choix politique.

L’évidence est en partie de l’ordre de la vérité et d’un nouveau rapport à la connaissance jamais absolue, mais surtout de la justice. L’hospitalité aujourd’hui est ainsi appelée à devenir politique dans un débat entre intérêts économiques, surexploitations (biens, nature, humains), pillages, souveraineté étatique fluctuante et résistance, autonomie démocratique aux frontières. Elle ne concerne de loin pas que les millions d’individus, de groupes qui forcés à la fuite. Que dire, par exemple, du million de Syriens réfugiés en Jordanie, dans une région déjà surpeuplée et les quelques centaines de mille qui parviennent en Europe de 300 millions d’habitants ? L’exportation des guerres, les déplacements de populations, le rapport dette et migration sont autant d’indicateurs infaillibles.

Une découverte étonne d’emblée. La migration n’est pas une essence « naturelle », c’est un rapport entre humains et avec la nature. On peut nier à des humains le « droit de fuite », le « droit de rester » en mettant des familles, des individus en situation d’extrême précarité[85], mais on ne peut peut pas nier aux humains leur qualité d’humain constitué par la liberté. « Il peut tuer un homme, mais il ne peut le changer en autre chose»[86], écrivait Robert Antelme[87] pris dans la marche forcée de la mort des camps d’extermination, sous la botte d’un soldat nazi hésitant à le liquider.

Personne ne peut se prendre pour Dieu, fut-il le dictateur le plus absolu rêvant d’un troisième empire. Les nazis ont poussé l’anéantissement aux extrêmes.   Même Dieu a alors été mis en doute par des croyants après Auschwitz[88]. En d’autres termes, personne ne peut sortir, être expulsé de la condition humaine de liberté, qui articulée à l’appartenance politique devient liberté politique, « droit d’avoir des droits », même dans les situations les plus extrêmes. Tout humain reste un humain à part entière. Vivant et mort (la question est posée dans les politique du « faire disparaître ») Il appartient au genre humain, au sens le plus général. Depuis là s’articulent la liberté et la dignitié (Povlakic), la liberté et l’égalité (Rancière, Balibar) et le rapport des humains avec la nature.

On peut postuler que la migration est un fait écran qui cristallise les passions de haine et empêche de voir le lien entre violence destructrice et capitalisme historique et actuel. Qui est concerné par l’hospitalité, par le besoin d’échange, de protection sur la planète? La tradition, la place, le statut, le rapport d’hospitalité est appelé à être radicalement repensé, déplacé, élargi à l’ensemble des humains et de la nature. En cela, le fait écran de la migration appelle à être exploré en s’aidant d’autres expériences humaines dans d’autres rapports à d’autres questions de vie et de survie.

Les impasses, les limites, d’un confinement sur le terrain de la migration, appellent une critique du paradigme[89] dominant – capitalisme, apartheid, système sécuritaire, extension du marché – et l’invention de nouvelles formes de vie en commun qui prennent en charge les apories. L’ancien et le nouveau, le constitué et le constituant s’enchevêtrent. Un nouveau paradigme alternatif (modèle, métamodèle ?) émerge et devient lisible.

Il y en a qui regardent les résultats, d’autres les « fractures », comme dit Marcelo Vignar compagnon de longue durée (texte dans la base de données). Les fractures dans l’histoire, l’actualité, sont fondamentales pour repérer les lieux de conflits, de dilemmes dans les choix quand les résultats ne sont ni acquis, ni irréversibles.

Qui pensait que le droit à l’avortement allait être remis en cause dans plusieurs pays européens ? Qui pensait que la guerre de Syrie durerait plus de 10 ans ? Qui pensait que les difficultés du  pétrole, les dangers du nucléaire, allaient déboucher sur des investissements du capital sur le retour au charbon en augmentant le CO2 et jusqu’à quand ? Qui pensait que les « réfugiés climatiques » bouleverseraient non seulement la migration, mais l’ensemble des rapports sociaux sur la planète? Qui pensait que la guerre de l’eau prendrait des dimensions insoupçonnées ? Qui pense aujourd’hui aux conséquences d’une absence de politique migratoire dans l’EU qui se contente d’expulse des migrant.e.s hors de la politique et des droits sans élaboration, engagement pour des innovations dans les pratiques, les droits ? Etc.). Qui pense encore que l’arrogance, l’irresponsabilité à tous les niveaux peut prendre de telles proportions ?

7. Résistance de rupture : une politique d’anti-violence

La question de la justice liée à la survie devient plus urgente, complexe, imprévisible sur l’ensemble de la planète avec des degrés de gravités énormes. Alors que faire ? Comment penser ? Les mensonges politiques de « laboratoires » comme ceux présentés dans le projet et leurs conséquences incalculables, réuissiront-ils encore longtemps à nous induire en erreur en appelant les irréductibles résistantes et résistants de la solidarité au consentement de la violence illimitée? La haine peut-elle être contenue, transformée, la colère parviendra-t-elle à devenir politique, se demande Graziella de Coulon dans son texte (base de données) ?

La proximité de la migration et de la violence pouvant aller aux extrêmes qualifient de plus en plus un rapport de violence qui s’est aiguisé depuis la modernité sur ce terrain en s’étendant à d’autres domaines. La torture, la guerre imprévisible, illimitée (depuis Napoléon et l’arme nucléaire, qui sont des « dangers d’extinction » toujours là, des menaces sans fin, échappant à la clôture, en ébranlant cadres, certitudes, savoirs) qu’on pensait réservés aux rapports de domination extrême dans les guerres. Ils envahissent aussi les questions du « climat »[90], du covid, de la migration, des technologies, etc., en reposant la question : comment penser aux limites face à la violence de destruction allant aux extrêmes sur de nouveaux terrains, sans basculer dans une fascination morbide et une métaphysique déterministe, catastrophiste ?

La résistance à la base de la possibilité de l’hospitalité politique est appelée à effectuer le double déplacement du pouvoir de domination au pouvoir d’action. du pouvoir à la violence. Simone Weil et Hannah Arendt influencée par Rosa Luxemburg et sa découverte de « l’effet boomerang » de l’impérialisme, de « l’obéissance de cadaves » imposée aux soldats, s’affrontant aux guerres d’anéantissement, parlent d’une distinction entre force et puissance d’agir. Hannah Arendt, constate par ailleurs le lien entre guerre et révolution dans son essai sur la révolution[91] et en tire une nouvelle définition du pouvoir dans Qu’est-ce que la politique ?[92]. Elle développe une philosophie de l’action en débat.  Etienne Balibar, ouvre la voie de l’interrogation sur « violence et civilité »[93] et entreprend un travail historique sur l’évolution de la violence devenant « extrême », et sur les ambiguités de la violence, y compris de la violence révolutionnaire. Ce que nous avons exploré à Istanbul en 2014.

Dans ce sens, la Résistance de rupture est-elle imaginable, pensable, envisageable, praticable dans un processus qui pourrait être généralisable à la planète, non seulement sur le terrain de la migration, des populations, mais sur les terrains d’autres questions et d’autres rapports qui problématise la violence allant aux extrêmes (santé, travail, formation, économie, nature, climat, covid, etc.).

Le questionnement évoque des travaux d’autres ruptures et en particulier dans le rapport entre les animaux et les humains, entre la matière et les humains. L’enjeu de la diversité ne concerne pas seulement les rapports entre les humains, mais le rapport entre les humains et les autres espèces. Le besoin du déplacement et de l’élargissement de  l’hospitalité politique en tant que lien réciproque d’échange, d’entre-protection, de solidarité, de justice  rejoint ici, le souci de sauvegarde de la diversité des espèces[94].

Sur tous les terrains, y compris celui de la migration globalisée[95] dans et hors des territoires des Etats, la haine, la colère, la révolte, l’insurrection éclatent. Les effets boomerang (Rosa Luxemburg), sur les pays des conquistadores, la violence brutale, banalisée, continue à s’étendre et… revient en force après avoir été exportée dans un cadre des rapports entre empires en transformation. Un des signes, pas l’unique, est l’accumulation de projet d’Etat expulsant les exilés et exportant même les camps dans des marchandages sinistres.

Nos découvertes ne concernent pas l’origine de l’univers, une nouvelle énergie[96], les trous noirs qui font rêver, les génomes, mais la condition humaine du vivre, du survivre ensemble dans un contexte de violence allant aux « extrêmes » et dans les rapports avec la nature. Le phénomène migratoire est riche, inépuisable, complexe, tragique. Le thème suscite gravité, mensonges, fausses croyances[97], passions, peurs. Passions de haine, de solidarité, de liberté, d’autonomie, curiosité se côtoient. Il n’y a ni savoir absolu, ni résultats irréversibles, ni solutions « scientifiques », ni  clôture de la pensée par les forces policières, militaires qui ont l’illusion d’arrêter les migrants exerçant leur droit de fuite et produisent la destruction d’acquis précieux. La seule certitude est la tragédie planétaire de la mort individuelle et de masse. La seule espérance est de lutter pour assurer des conditions matérielles d’existence de chaque humain sur la planète et de lutter pour l’autonomie. Sauvegarder l’habeas corpus, Elargir l’hospitalité politique en font partie.

8. Philosophie et Politique. Résistance de rupture dans la pensée  et l’action

Imagination, pensée de rupture dans la praxis philosophique. Penser le connu, l’inconnu et penser le pensable et imaginer l’impensable. Agir dans le connu et agir dans l’inconnu inimaginable fait partie de l’exercice de la liberté de se mouvoir avec son corps, sa tête, ses pieds. Alors, dans un double mouvement, une dialectique ouverte, affronter les embarras, le non-savoir, les contradictions, les mensonges politiques, la force destructrice imprévisible, les apories, les dilemmes, ce que nous ne parvenons pas à penser pour agir.

Avec les outils, les catégories héritées dans lesquelles nous avons l’habitude de penser en philosophie, dans le droit international, les sciences sociales et humaines, le langage, les rhétoriques au jour-le-jour, etc… Evaluer ce qui inhibe, bloque l’imagination et l’action n’est pas évident. On parle du courage, de la rage, de l’atteinte corporelle à la dignité, en se demandant qu’est-ce qui « étonne », déclenche la résistance – question qui m’a souvent été posée – ou alors l’inhibe. L’intelligence articielle, les nouveaux outils technologiques révèlent la complexité de l’action, de la liberté mais n’apportent pas de solutions tout en limitant les outils au  contrôle.

La longue tradition de l’hospitalité nous apprend que le mot contient toute la richesse et la complexité des rapports humains (protection, asile, sécurité, abri, accueil, échange, rejet, etc.). L’hospitalité est constituée par la distinction hospis-hostis (hospitalité-hostilité) souligne Benveniste. C’est une culture qui conjugue la prise de risque du lien et aussi la méfiance et de droit de fuite, la ruse face à la violence, de la guerre, du pillage. C’est un embarras constitutif de toute communauté politique où rôdent les spectres de la violence guerrière, les passions tristes dont parle Spinoza et le désir, la nécessité vitale du lien de convivencia.

Pour conjurer les conquêtes, les pillages, la guerre, nous sommes mis au défi jour après jour d’interroger les fractures de l’histoire de longue durée, l’histoire déchirée, les conquêtes, la colonisation, l’impérialisme, en prenant acte que nous sommes les habitants d’une planète « finie ».

Emmanuel Kant (1724-1804), dans la période de l’idéalisme allemand a imaginé l’hospitalité temporaire comme base de la république, de la garantie du commerce, de l’ancrage de la paix et du droit international. Il a aussi fait des remarques sur la « propriété commune de la terre » qui n’ont pas été retenues dans la plupart des travaux sur son essai[98].

Deux philosophes, Thomas Hobbes (1588-1679) et Carl Schmitt (1888-1985) ont mis l’accent sur hostis : « l’homme est un loup pour l’homme »[99] à la base d’une pensée d’Etat (Thomas Hobbes, Léviathan, état de nature, contrat social, souveraineté, rationalisme). Au 20e siècle, en 1932, Carl Schmitt, (dictature, partisan, théologie politique, décisionnisme, constitution, nomos de la terre), a formulé la catégorie fondatrice de la politique et du droit international développée dans son Nomos de la terre :  la distinction « ami-ennemi »[100] avancéealors que se préparait la deuxième guerre « mondiale ». En parcourant les siècles, autour et en opposition à ces deux positions, on voit d’autres philosophes  (Sénèque, Spinoza, Montaigne, Arendt, Lévinas, Weil, Foucault, etc.) et des théoriciens du droit international qui explorent l’impasse, refusent la force, explorent les conflits et cherchent à dépasser l’aporie. 

L’émergence du système d’Etat et d’Etats-nations a redessiné et imposé des nouvelles frontières aux Etats colonisés lors de la colonisation,  et quadrillent la planète devenue globale. Après la dissolution de trois Empires ayant basé leur puissance sur les conquêtes, le colonialisme, l’hospitalité connaît de nouvelles contraintes pour pouvoir devenir pleinement politique (trilogie nation-peuple-Etat, nation exclusive et expulsive, souveraineté, territoire, monopole de la guerre, apartheid, police, militarisation, etc.). Dans les années 1920, les austro-marxistes (Bauer)[101] ont exploré les contraintes pour penser la trilogie Peuple-Nation-Etat et affronter les impensés de l’impérialisme à la suite de Rosa Luxemburg[102].

En s’affrontant à la « guerre totale », à l’exterminisme du 20e siècle, deux philosophes (Simone Weil, Hannah Arendt), ont avancé la distinction entre force (de la domination) et puissance (de l’action) pour définir le pouvoir politique. Elles  déplacent ainsi l’aporie du pouvoir de domination vers le pouvoir d’agir pour repenser la politique[103]. Elles apportent un ancrage solide pour penser la résistance comme action politique positive, prospective et aussi pour une critique de la désobéissance civile (Arendt)[104] et aborder les nouvelles questions que pose à une telle praxis (Christophe Tafelmacher, Ahmet Insel, Caloz-Tschopp)[105]. Dans ses travaux sur la « violence extrême » et la « civilité », Etienne Balibar, aborde l’aporie à partir d’une part du déplacement de l’étude du pouvoir vers la violence et d’autre part d’un approfondissement de la « violence extrême » et d’une relecture de la « civilité »[106]. Monique Chemillier-Gendreau en droit international, apporte des éléments pour repenser à la fois les institutions et le droit international et la souveraineté. Les références, les recherches dans ce sillage sont très nombreuses.

En ce début du XXIe siècle, on se trouve à un tournant historique, où il faut sauver ce qui été acquis par les luttes passées tout en prenant acte que l’hospitalité en devenant politique est appelée à se transformer pour prendre un nouveau statut, une place centrale dans un nouveau paradigme. Ce que je désire retenir et souligner, ici, c’est l’exigence d’une redécouverte critique, d’un élargissement, d’une refondation de l’hospitalité politique par la résistance de rupture qui soit une interrogation ouverte aux nouvelles énigmes du monde, pour qu’elle puisse devenir politique au sens le plus général du terme aujourd’hui, en transformant la politique et la philosophie elles-mêmes. L’hospitalité devenant politique c’est la puissance de la praxis des peuples. Démos-cratos, (praxis démocratique), la puissance au « peuple ».

L’hospitalité politique en tant que démos-cratos est la puissance au peuple devenant ainsi politique au sens le plus général.  Le thème de l’hospitalité réduit à la générosité, à la morale, à l’éthique est certes l’expression de soucis, de curiosité bienveillante, de désir d’altérité, mais n’est-ce pas une des formes de négation de sa qualité radicalement politique ? Par ailleurs, abordé dans la perspective de la globalisation capitaliste, comme souligné ailleurs, l’hospitalité politique implique une critique de l’eurocentriste dominant[107], une exigence de décolonisation, de désimpérialisation qui sont autant d’écrans qui cachent la violence de l’apartheid des politiques d’immigration et la « prolétarisation du monde » (Bouanama, 2020)[108].

Comme l’explique Colette Guillaumin, sociologue (racisme, sexisme), dans un texte de 1981 qui a fait date, la colère des opprimées (ici les femmes), ont des effets théoriques[109]. On comprendra notre choix de mettre en rapport étroit Habeas corpus, Résistance et Hospitalité politique.

En arrivant au bout de l’étape d’inventaire des praxis et du travail de mémoire[110], rappelons-nous trois questions, balises du cheminement, pour dégager la portée de la proposition centrale d’une refondation de l’hospitalité politique :

  1. L’exil serait-elle la nouvelle condition humaine globalisée ?
  2. Ne pas accepter d’être confinés à un statut de victime, de masse jetable, expulsable, exterminable suppose de lutter partout, sous toutes les formes possibles : c’est le desexil de l’exil. Le concept a été inventé par des exilés politique de dictatures latino-américaines
  3. Voulons-nous continuer à agir pour la création d’espaces d’Université libre et autonome ?

L’inventaire des éclats de résistance montre que des Universités libres et autonomes existent près de nous, chez nous et partout dans le monde. Pensons au cas des Universitaires pour la paix en Turquie (voir base de données)[111]. C’est la richesse de l’Autre Europe ouverte au monde à la base de la puissance de l’action.

9. Ce qui a compté finalement

Après l’invention de l’Habeas corpus en 1679, nous sommes en train d’inventer un nouvel ancrage des luttes en 2021 dans l’hospitalité politique généralisable à la planète, qui distingue entre force et puissance et  déplace la question du pouvoir vers la violence allant aux « extrêmes » impliquant une politique, une philosophie d’anti-violence (Balibar). A partir de là, le lien entre L’Habeas corpus et l’Hospitalité politique devient évident. L’Habeas corpus est un acquis historique de « civilisation » fragile. L’hospitalité politique n’est pas un geste exceptionnel, elle ne concerne pas seulement les « étrangers »[112], les migrants, elle est de l’ordre du plus général de la politique et des droits. Elle concerne tout le monde, dans la mesure où la condition d’exil appelant au desexil est devenue la forme dominante de la condition humaine, ce que nous avons postulé dans les travaux du Programme Desexil de l’exil du Collège international de philosophie (2011-2019).

Autre point. Toute politique exige un cadre, mais la politique n’est pas réductible au cadre de l’Etat fut-il républicain sur lequel s’appuie Kant dans son court texte sur la paix perpétuelle. La violence d’Etat encastré dans la souveraineté territoriale prétendant régner sur des « sujets » soumis et des « non sujets », la logique du « eux et nous ».

La pensée d’Etat sécuritaire militarisée se traduit non seulement l’explosion de Frontex, mais par la généralisation des camps aux frontières de l’UE et d’ailleurs qui donne le vertige! C’EST L’IMAGE MATERIELLE DE L’APARTHEID GENERALISE. La carte des camps ne rappelle pas seulement les camps nazis, mais la banalisation de l’enfermement pour expulser qui accompagne d’ailleurs l’augmentation des prisons destinées aux populations non conformes.  Les luttes actuelles, en Suisse contre l’installation de nouveaux camps, par exemple à Bâle et Genève, sont très importantes. Une des traductions pour sortir d’une pensée d’Etat autoritaire, sécuritaire d’apartheid est la suppression de camps fédéraux d’Etat. En ce sens, cette proposition énoncée dans les luttes est articulée à l’abolition de Frontex. Les deux revendications sont étroitement liées. Jacques Derrida parle de l’hospitalité des villes qui est une vieille idée. Un accueil de citoyenneté exige de lutter contre l’instauration autoritaire de camps fédéraux d’Etat imposés aux cantons et régions et de retrouver la mémoire municipaliste citoyenne d’acceuil et de solidarité des quartiers, des régions. 

La politique et donc l’hospitalité politique ne sont réductibles ni au capitalisme dominant[113], ni au cadre de l’Etat mis en avant par Kant quand il réfléchit à l’hospitalité républicaine. Kant n’avait pas lu Clausewitz, identifiant dans les guerres napoléoniennes, la violence illimitée  exterminatrice… Il posait la question de la paix dans un contexte de capitalisme de conquête qui trouve ses limites.

III : OUVERTURE. Réflexions finales

Quels refus, quelles colères, depuis où nous parlons, nous ont fait « sortir de nos gongs » et de nos habitudes, de nos pensées familières les plus ancrées ? Quelles angoisses existentielles, politiques nous ont conduits à découvrir et mettre l’accent sur l’hospitalité politique généralisable comme axe central du commun ? En quoi un tel choix déplace à son tour et radicalise la question de la justice, d’une Résistance de rupture en marche et où, comment, pourquoi ? Les lectrices et lecteurs sont appelés à le découvrir dans les matériaux de la base de données.

La voie de larésistance peut être appelée Résistance de rupture dès lors qu’elle parvient à intégrer la violence exterministe et imprévisible en ouvrant le champ à un travail anti-apartheid, anticolonial, anti-impérial et anticapitaliste. Elle est la mise en œuvre d’une nouvelle politique d’anti-violence permettant de reconsidérer les trois mensonges politiques présentés à propos de l’apartheid et de SchengenDublien-Frontex.

Cela implique de repenser l’hospitalité dans les conditions du XXIe siècle. Sa fragile émergence liée au « droit d’avoir des droits (Arendt) au « vertige démocratique »[114] parvient-elle alors à jouer un rôle et un statut réellement politique ?  L’hospitalité politique – et non humanitaire qui a mis en cause les droits pour une « gestion de masse » des exilé.e.s en fuite – n’est pas une politique de la paix en tant que non guerre, mais peut redéfinir la politique comme rapport tragique, dans l’innovation de liens politiques d’échanges, d’entre-protection, de solidarité.

Si convergence des luttes il y a, c’est dans la prise en compte de l’aporie du pouvoir et de la violence pour la transformer en énigme politique ouverte, dans le renforcement de la résistance de rupture de l’asile, du droit d’asile, de la migration, de l’exil, avec les autres formes de résistance, les luttes des femmes, anti-racistes, de la migration, des rapports de classe, à la nature, contre le pillage, le climat, le covid, etc.?

En résumé, l’enjeu à la fois pratique, théorique philosophique, politique et stratégique est de partir non seulement du déplacement, mais de la mise en cause de la prégnance des logiques de violence banalisées, de souveraineté territoriale, de « sujets » par des Etats et du déplacement de la notion de « souveraineté » à des «individus », à des « peuples » (on peut parler d’exilé.e.s prolétaires) et de penser dans un schème d’imagination, un cadre politique d’ensemble l’hospitalité politique, la justice et la liberté politique de se mouvoir et  la Résistance de rupture.

Il vise, non seulement une histoire critique, destituante/constituante de l’hospitalité des mythes, des concepts, des habitus, des travaux de philosophie politique apparues avec l’Etat, l’Etat-nation et l’élargissement du travail de mémoire pour repenser et dépasser la dichotomie entre la tradition non étatique et étatique et la critique des dépropriations de l’hospitalité politique, des droits, des dispositifs et des outils par la souveraineté d’Etat.

Cela implique un déplacement, un élargissement, un approfondissement de l’analyse, de la mémoire du rapport confictuel  apartheid-hospitalité, en intégrant l’histoire de l’esclavage, du colonialisme, de l’impérialisme, à la lumière de la banalisation de l’apartheid avec ses développements de polices militarisées, du « capitalisme sécuritaire » (Rigouste), du « capitalisme de surveillance » (Zuboff), du capitalisme impérial guerrier et ses « effets boomerang » dans les transformations de la guerre (Luxemburg, Harvey). Les migrants, les réfugiés et plus largement les exilés en desexil, en lutte, en fuite pour la vie, la justice, la liberté, l’égalité, sont les millions d’exilé.e.s prolétaires. Ils font partie de celles et ceux que  nous pouvons appeler le prolétariat du XXIe si pour refonder de refonder e et icèartie des exilés, olitique

 Cela implique une histoire critique de l’ hilosophiela parole et ècle[115].

Cela exige de refonder l’hospitalité politique civique en sortant d’une (dé)civilisation d’apartheid guerrier s’inscrivant dans des politiques d’anéantissement. Nous vivons  toutes et tous dans un « seul monde », dont nous avons été dépropriés par le capitalisme qui trouve ses limites sur une planète d’où il est impossible de fuir.

Comment y parvenir ? Les refuges aux multiples frontières, les villes-refuges, les universités libres, des banlieues, des communes, des ZAD, etc. sont des praxis, des lieux, des espaces, des temporalités où des expérimentations de dépassement de la souverainté d’Etat et le contrôle des multinationales qui méritent une attention spéciale pour élargir, rendre généralisable l’hospitalité politique. Il existe des lieux, des modes de fuite dans la recherche, des refuges d’entre-protection, de solidarité invisibles dans d’autres secteurs de la société – rapports de classe, de sexe, de race… (fuites dans le monde du travail, fuite dans le service public, fuite dans la formation, fuite des femmes, fuite de la consommation remplie de pesticides, etc.) qui méritent d’être pris en considération de manière transversale et comparative.

La question qui revient en force est celle d’une critique du pouvoir de souveraineté d’Etat, des partis, les modes d’organisation traditionnels etc. par des actions civiques destituantes/constituantes articulant l’hospitalité, la justice, la liberté politique, l’égalité, la solidarité, pour défendre la vie, par un mouvement fédérant des luttes diverses de souverainetés des « peuples » dans des convergences qui se construisent. Au niveau des pouvoirs dominants, les apories actuelles s’élargissent dans les articulations entre Etats et pouvoirs multinationaux qui détruisent les politiques du lien. Là aussi se jouent les redéfinitions de la souveraineté.

A ce propos, le concept de résistance – que je traduis, comme on pu le lire, en Résistance de rupture anti-apartheid, anticapitaliste destituante/constituante -,en tant que formes d’exercice de liberté politique, de l’égadignité (Povlakic), de l’égaliberté (Balibar), implique de ne pas hiérarchiser les formes de résistance, des styles, des gestes[116]. De prendre en compte la diversité, les nouvelles expressions des luttes, de « formes de vie » en accordant une attention spéciale aux femmes migrantes et aux exilé.e.s les plus précarisés partout, qui, dans des rapports de force très inégaux. Ils développent des formes souvent invisibles, subtiles, de justice, de solidarité, de résistance  pour ruser avec la violence d’Etat et la violence du capitalisme et fuir. Dans ce contexte se réélabore le « droit de fuite »,  ce qu’Arendt a appelé au XXe siècle le « droit d’avoir des droits ».

En synthèse, Il existe des « problèmes » de fond dans les  cinq propositions, – les plus notoires étant l’impasse capitaliste et la souveraineté d’Etat – l’application concrète des droits, conventions, pactes, etc. des villes-refuges, du principe des principes de l’hospitalité, de la création d’une « nouvelle architecture mondiale » en créant des instances pour transformer et faire appliquer le droit international, sans que les sanctions soient possibles, le déplacement de la souveraineté des Etats, vers la souveraineté des « peuples », des « individus » par l’autonomisation et l’autoorganisation, aux prises avec la (dé)mondialisation et même d’une (dé)civilisation, pour une refonte de l’hospitalité politique par la résistance en acte de réappropriation  de la liberté et de la justice.

Ces cinq propositions sont autant de traces d’actions dans les politiques migratoires situées dans l’ancien paradigme. Elle sont aussi un appel à un nouveau paradigme du « droit d’avoir des droits », de la liberté politique le « droit de fuite »,  de la souveraineté réappropriées dans de nouvelles expériementations de nouvelles formes de puissance d’agir, une nouvelle traduction de la liberté politique dont parle Hannah Arendt[117] et bien d’autres chercheurs et citoyens.

Notre propos, est à la fois limité et radical. Il est de l’ordre de l’interrogation ouverte. Le statut des deux postulats exploratoires (déclaration publique) le montrent. Aujourd’hui, nous ne sommes pas à la place de Hobbes, Spinoza, Marx, Kant, Schmitt, Arendt, etc. ni d’Antigone, mais peut-être partageons-nous avec eux, une place indéfinie en tant que résistantes et resistants dans un monde où le mot « tragique » prend une nouvelle ampleur en étant confronté à des limites de la justice et de la survie. Où tout ne peut plus être comme avant.

Nos considérants sur la propriété commune de la Terre et des planètes, du lien entre Habeas corpus et Hospitalité politique et Résistance et Hospitalité politique, en tant que Résistance de rupture face à la la violence du capitalisme et d’Etat, vise la construction du Commun. En reprenant, en intégrant la question du Commun, de la propriété en lien avec le nouveau rôle de l’hospitalité. C’est la ruse d’un refus de l’apartheid, de la surexploitation, des mensonges politiques, des politiques de la torture, et du « faire disparaître » qui s’insinuent aussi partout dans le domaine de la migration, par la police militarisée et les pillages, les guerres dans les pays d’origine, de passage des exilés.

Des mensonges ambigus autour de Schengen-Dublin-Frontex tentent de légitimer des modèles de surveillance et de « régulation », de « gouvernance » qui seraient prédictifs. La traversée a montré que le roi est nu et que la Résistance de rupture de minoritaires est rude quand elle s’affronte à la violence amplement pratiquée et banalisée mais qu’ils ont réussi, qu’ils inventent une Autre Europe.

En arrivant au stade final du projet, pour la synthèse nous sommes tributaires des possibilités et des limites de la démarche Praxis-Mémoire-Archives. C’est un inventaire et un bilan réflexif de praxis sur 10-20-50 ans (1968-2021) ancrés dans un lieu limité : la Suisse et l’UE avec des expérimentations ailleurs. Penser l’avenir, sa nouveauté, sa complexité, son imprévisibilité (penser la migration avec les urgences climatiques, le Covid 19 avec l’accumulation des questions en suspens et des nouvelles contraintes) dépasse le cadre de ce projet.

Au niveau de l’invention de nouvelles ontologies politiques, épistémologies, logiques, méthodes, l’exigence du terrain implique d’évaluer nos outils de travail et ce qui se passe aujourd’hui dans la pandémie dont la fin est à chaque fois repoussée et implique beaucoup de transformations personnelles et institutionnelles. Tributaires des embarras et des apories de l’ancien paradigme, nous sommes à la porte d’un nouveau paradigme en construction mais nous n’avons pas à penser pour celles et ceux qui se battent et créent leurs propres conditions et moyens de résistance. Nous nous situons dans un rôle de mémoire et de transmission.

Il n’est pas difficile de constater que les considérants précédant les propositions ouvrent un horizon historique, de mémoire, immédiat, à moyen et long terme pour le XXIe siècle. Les cinq propositions sont positives. Elles sont ancrées dans l’expérience passée et en cours mais elles n’ont pas dépassé des embarras et des apories du paradigme dominant, dont nous mesurons les limites. Elles désignent des chantiers en cours à développer jusqu’à ce qu’il soit possible de déplacer des contraintes sur lesquelles butte la résistance et la pensée, la philosophie, le droit, les savoirs, l’expérience. Le sentiment d’urgence mêlé à de l’impuissance, et à des actions, à des réflexions de la Résistance de rupture montrent que le désir de nouvelles « révolutions » inconnues sont bien là et qu’il est possible d’entrevoir des éclats positifs d’un nouveau paradigme en gestation.

L’héritage des luttes de celles et ceux qui sont des prolétaires minoritaires, la figure de proue étant les femmes exilées clandestines dans la globalisation[118], est un acquis précieux dans la création d’un nouveau visage du pouvoir d’action, de l’hospitalité politique au sens le plus généralisable qui peut êtreélargie à d’autres domaines (reconstruction démocratique après des dictatures et le capitalisme, climat, virus, contention des guerres, lutte pour des lois sur le capitalisme de contrôle par des lanceurs d’alerte, etc.). Le travail de mémoire sur les praxis de héros ordinaires invisibles est fondamental pour saisir la richesse et la complexité de l’héritage des praxis.

Refonder l’hospitalité politique généralisable par la Résistance de rupture anti-apartheid et anti-capitaliste exige donc d’élargir l’analyse des formes de résistance, de droit de fuite, de solidarité invisibles, criminalisés, en tant que possibilité de dépassement, non seulement de la souvaineté de l’Etat, de l’apartheid, de la prédation des multinationales, des logiques de forces des empires, mais d’élargir des échanges sur des conditions matérielles, des modes de vie, de  justice, de liberté politique entre égaux qui se cherchent un nouvel horizon.

Un tel élargissement, une telle refondation de l’hospitalité politique généralisable se créant par la Résistance de rupture, liée à la puissance de se mouvoir, devient ainsi un bien commun de l’humanité pour chaque être humain contraint par des conditions matérielles d’existence réelles et complexes d’exploitation et de violence. La protection, la possibilité de la liberté politique de se mouvoir,  ne peuvnet être assurées que par une réappropriation de la souveraineté par des individus, des « peuples prolétaires » dans des multiples modes d’actions, modes de vie, dans des processus élargis de Résistance de rupture, de désobéissance civique destituant/constituant, refusant, dépassant la logique d’apartheid Eux et Nous (hostis-hospis), étrangers-nationaux, amis-ennemis, assurant des liens post-apartheid, post-souveraineté étatique, dans des espaces publics de justice, de solidarité, d’échanges et une « entre-protection » des humains par eux-mêmes, leurs liens à la nature, en cadrant la politique, les droits.

L’observation, l’exercice prolongés de la Résistance de rupture[119] durant de longues années dans le domaine de l’asile, du droit d’asile rejoignent les difficultés et les avances, les reculs, les acquis des luttes des femmes, de classe, de « race » et plus récemment des rapports « nord-sud », « sud-nord » via les multinationales avec les outils des nouvelles technologies, du climat, des politiques de la santé, contre le développement des armes, de la déforestation, des pillages, des indigènes dans divers endroits de la planète, des secteurs de populations de plus en plus précarisées (ex. gilets jaunes, CDD, chômage), des conflits entre générations, l’instauration de nouvelles dictatures, etc.. Ils rejoignent des constats à la base de propositions déjà faites et aussi d’interrogations à partager.

En lien direct avec des apories de l’hospitalité concernant l’espace, l’espace public les frontières, les territoires et la souveraineté d’Etat,  des modes d’actions (marches, refuges,  occupation de sièges de multinationales et aussi de terrains transformés en campements et en nouveaux espaces de vie), des inventions ont lieu. On peut penser que ces expériences inventent une nouvelle version du « nomos de la terre » opposée à celle de Carl Schmitt, de l’expansion impérial de « l’espace vital » et l’idéologie de « sécurité nationale » au sens d’Hitler et de Pinochet.

Elles créent de nouveaux espaces politiques, en expérimentant des temporalités non accélérées (CDD, chômage) et de nouveaux espaces de vie, repris aux aéroports, aux autoroutes, au supermarchés, aux bureaux vides dans les villes, aux espaces de circulation appropriées par les voitures qui écrasent ceux qui prennent le risque du vélo, tuent les piétons, etc. Dans les refuges, dans les Zad, les Universités libres,  il y a manifestement un besoin vital de reappropriation de la liberté politique, d’égalité, de récupération et d’usage qualitatif radicalement différent du temps et de l’espace[120] qui invite à repenser radicalement à la fois la liberté politique, le temps et l’espace.

D’un point de vue épistémologique et méthodologique, la migration est un lieu d’observation des transformations de la liberté politique de se mouvoir, du droit de fuite, du temps et de l’espace, du conflit entre apartheid et égalité, mais pas le seul. Sur le terrain de la migration et des rapports à l’espace, les réfugiés climatiques vont compliquer la donne de l’usage de l’espace terrestre de manière accélérée. De plus,  les migrations s’étendent sous forme d’immigration à des pays qui ont été longtemps des pays d’émigration où se développent des stratégies de la force face aux « coyotes » (appellation des migrants qui arrivent) (police, armée, blocage des frontières, camps, etc.). Ex. pour l’Amérique latine : le groupe de Lima.

La « migration irrégulière » est un « pot de miel » des « populismes », des forces policières militarisées (Frontex), des classes dominantes qui tentent de masquer l’exploitation, le pillage, la destruction, la complexité des causes de la migration, et de capter les nouveaux exilés, qui sont des couches bien plus larges du nouveau prolétariat « irrégulier » mis en concurrence avec les travailleurs sur place. Est-il possible de se déplacer en fédérant des travaux, des luttes, en cherchant à dépasser des logiques d’intérêt, de temporalités, de territoires pour trouver des logiques transversales d’action et de pensée avec d’autres secteurs ?

Ces faits et interrogations, nous amènent aussi au-delà de la réforme des institutions et du droit international, tout en nous engageant dans l’abolition de Frontex et à la création d’une nouvelle Instance de convergence autour de l’hospitalité politique, à interroger nos habitudes, outils et à nous réapproprier un imaginaire de Résistance de rupture prospectif, à organiser de nouvelles actions.

Conclusion

Un fait parmi d’autres qui apparaît au moment de conclure. Au moment, où j’écris, une annonce sur une manchette de journal, fait état de la décision d’un Conseiller d’Etat du canton de Genève qui renonce à construire un centre de renvoi près de l’aéroport. Le lendemain, un démenti claque sur une deuxième manchette. Les médias genevois donneront des précisions. Alors une troisième manchette avec quelle annonce ? Première manchette, j’avais écrit : la lutte paie ! Les manifestations contre la construction du centre de renvoi s’étaient succédées au fil des mois. Aujourd’hui en corrigeant les épreuves, je lis la deuxième manchette, j’écris : la lutte n’est jamais gagnée. Résistance de rupture. Il est peu probable que le fait de la Résistance de rupture soit démenti.

Genève, avril-juin 2021

ANNEXES

Appel pour l’évacuation du camp de Moria : les conséquences d’une politique néo-coloniales, 17.9.2020.

Annexes (dossier zip)


[1] Klein Naomi, La stratégie du choc. La montée d’un capitalisme du désastre, 2013, poche.

[2] Bosarslan Hamit, Crise, violence et dé-civilisation, Paris, éd. du CNRS, 2020.

[3] Herrantz Sylviane, Sos violence institutionelle, Berne, 2021 (en annexe).

[4] Hayek Friedrich, (critiques virulentes du socialisme et du communisme, grand défenseur du libéralisme), La route de la servitude, 1944, plusieurs éditions.

[5] De Pury David, Hauser Heinz, Schmit Beat, Ayons le courage d’un nouveau départ, Zurich, Orell Füssli, 1996 ; Avenir Suisse, deuxième Livre blanc, 2005.

[6] C’est le thème des travaux d’un Programme du Collège International de Philosophie (voir base de données).

[7] Castelier Sebastian, « Golfe. Le douloureux retour au pays des travailleurs migrants », Orient XXI, 3 juin 2021.

[8] Voir, Platon, L’apologie de Socrate, éd. de poche multiples.

[9] Notons que Hannah Arendt a avancé le concept de mensonge politique au moment de la guerre du Vietnam, au fait de guerre notoire développé avec un complexe militaro-industriel après la deuxième Guerre mondiale (voir base de données).

[10] Castoriadis Cornélius, L’institution imaginaire de la société, Paris, Seuil, 1975.

[11] Arendt Hannah, L’impérialisme, vol. II des Origines du totalitarisme, Paris, Seuil-poche, 1972.

[12] Les formes de résistances des réfugiés, exilés sont multiples et variées. De brûler ses propres empreintes digitales, à des grèves dans les camps, à l’instauration d’un Parlement à Berne en juin 2021, etc.

[13] Caloz-Tschopp Marie-Claire, La liberté politique de se mouvoir. Desexil et création : philosophie du droit de fuite, Paris, Kimé, 2019.

[14] Je pensais cela lors de la réédition de Arte des 9 symphonies de Beethoven dans 9 villes européennes le 6 juin 2021, se terminant par l’hymne à la joie de la 9e symphonie dirigée par une jeune femme.

[15] Comment est-il possible que la France vende des avions Rafales et d’autres armes à la Grèce, après les mesures prises qui ont mis ce pays sur les genoux ! Pourquoi une telle question ne parvient-elle pas à se transformer à insurrection ? On pourrait poser la même question par rapport aux centrales nucléaires.

[16] Voir à ce propos, la Charte de Lampedusa (2014)  qui est un vrai programme politique et de « civilisation ». Voir les propositions en particulier, ainsi que les propositions altermondialistes : Calame Claude, Fabart Alain, « Causes et effets des migrations contraintes : propositions altermondialistes », in Calame C., Fabart A. (coord.), Migrations forcées… Paris, éd. du croquant, 2020. p. 163-187.

[17] Avec une participation de 60%, les votants ont refusé le 11 juin 2021 une loi sur le climat du Conseil fédéral, alors que celui-ci a signé les accords de Paris.

[18] Au début du Séminaire Desexil, l’intervention de Christian Laval collègue du CIPh sur le Commun a été un apport important pour la prise de conscience sur le statut de la propriété publique pour un nouveau paradigme (voir base de données).

[19] Constatons la course, non seulement aux biens (eau, matière première, force de travail, etc.) à l’appropriation privée de l’espace et ses enjeux économiques, politiques, militaires, de protection de l’environnement formulé en terme de nouveau marché à conquérir dans une compétition extrême. Constatons la destruction capitaliste de la planète Terre et les projets d’installation d’élites capitalistes sur la planète mars, voire d’autres planètes. A mettre en rapport avec les recherches sur les limites de la mort.

[20] Elle est présente dans le concept « d’appropriation » mis en avant par Colette Guillaumin et les travaux sur les « outils et les armes » de Paola Tabet et d’autres féministes matérialistes (voir la base de données).

[21] En travaillant sur ce lien, j’en suis arrivée à me demander si je n’avais pas mis en péril des personnes en les citant dans ce travail !

[22] Perocco Fabio (a cura de), Tortura e migrazioni. Torture and Migration, Venise, Ed. Ca’Foscari, 2019.

[23] Balibar Etienne, « Pour un droit international de l’hospitalité », Le Monde, 16 août 2018.

[24] Les travaux de Monique Chemillier-Gendreau surtout.

[25] Voir son texte lors de la première Rencontre du Groupe de Genève (1992), Qu’est-ce qu’une forntière ?  (voir base de données) et Prolégomènes à la souveraineté : la frontière, l’Etat, le peuple, Les Temps modernes, no. 610, 2000, pp. 47-76.

[26] Voir notamment, Balibar Etienne, Droit de cité. Culture et politique en démocratie, Paris, éd. de l’Aube, 1998 ; La proposition de l’égaliberté, Paris, PUF-Actuel Marx, 2010.

[27] Voir le texte de la revue Diasporique de 2021 en annexe du Sommaire.

[28] Caloz-Tschopp Marie-Claire, Les sans-Etat dans la philosophie de Hannah Arendt. Les humains superflus, le droit d’avoir des droits et la citoyenneté, Lausanne, éd. Payot, 2000 ; Les sans-Etat « ni minoritaires, ni prolétaires, en dehors de toutes les lois » (Hannah Arendt), Tumultes, 2003/2-12004, no 21-22.

[29] Voir notamment, Bauer Otto, Weil Claudie, La questions des nationalités et la social-démocratie, (1907), Paris, éd. Syllepse, 2 vol. ; il existe une édition restreinte dans une édition canadienne (Arcantère IEDII, 1987).

[30] Caloz-Tschopp Marie-Claire, La liberté politique de se mouvoir… Paris, Kimé, 2019,  p. 335-357.

[31] Les travaux critiques sur le marché de l’asile, le business de la migration sur l’utilitarisme migratoire, sur les formes de surexploitation des travailleurs migrants entre pillage des cerveaux et travail clandestin sont nombreux.

[32] Comme le GGE lors de sa fondation et l’association Vivre ensemble lors du 30e anniversaire de sa fondation à Genève. Voir, Vivre Ensemble,  no. 159, 2016. 

[33] Voir notamment la 13e note de Migreurop de 2013 : A la création de l’agence Frontex en 2005, les responsables européens s’accordaient à dire qu’elle était vouée à la surveillance des frontières de l’UE en coopération avec les pays voisins. L’asile ne faisait pas partie de ses prérogatives. Il faudra de nombreuses critiques de la part d’élus et d’ONG pour que quelques avancées aient lieu en 2011. Mais le Conseil européen continue de privilégier l’augmentation des moyens de contrôles et des pouvoirs de l’agence au détriment des droits fondamentaux. Si aujourd’hui – notamment après le drame de Lampedusa en octobre 2013 – les discours sur les missions de l’agence sont édulcorées pour faire croire qu’elle est là pour “sauver des vies humaines”, le bilan des dernières années montrent que plus les contrôles sont importants, plus le nombre de migrants morts aux frontières de l’UE est élevé: au milieu des années 2000, il était inférieur à 1000 morts par an; depuis 2011, il dépasse la barre des 2000. Dès lors, comme le rappelle la campagne Frontexit présentée dans cette note, “jamais une politique de lutte contre l’immigration dite ‘clandestine’ ne pourra être une politique respectueuse des droits des personnes”.

[34] Proposition additionnelle pour les pays de l’UE qui rejoint les critiques de Frontex et de l’UE. Dans les Etats « nationaux », la question des migrant.e.s, des exilé.e.s doit être structurellement interministérielle, interdépartementale et ne plus incomber à la Police. Cela avait déjà été demandé en Suisse au moment de l’Affaire Maza (voir base de donnée) alors même que le dossier sur la Police fédérale est un conflit récurrent depuis 1872.

[35] Douo M., Izusquiza L, Silva M., Lobbying Fortress Europe. The making of a border-industrial complex, février 2021, https://corporateeurope.org/en/lobbying-fortress-europe.

[36] Nicholas Busch de Fortress Europe, des recherches du Groupe de Genève, ont montré la tendance à l’autonomisation des polices dans l’UE, en lien avec des polices des pays échappant au contrôle démocratique.

[37] Pour ce qui est de l’Europe, en constatant l’augmentation exponentielle du budget de Frontex à mettre en rapport avec les budgets militaires et au démantèlement du service public, rappelons pour mémoire qu’en 1938, 40% du budget de l’Allemagne nazie était destiné à l’armement, alors que le peuple allemand avait faim.

[38] Voir à ce propos le texte d’Etienne Balibar, Qu’est-ce qu’une frontière ? Actes de fondation du Groupe de Genève, 1993 (base de données).

[39] Voir son autobiographie, Del Ponte Carla, La Traque des criminels de guerre et moi, Paris, éd. Eloise d’Ormesson, 2009, 648 pages.

[40] Voir à propos du Pacte migratoire de Marrakech, l’article de Jean-Yves Carlier, François Crépeau, Anna Purkey, « From the 2015 European « Migration Crisis » to the 2018 Global Compact for Migration : A policical Transition Short on Legal Standards » (De la « crise » migratoire européenne au Pacte mondial sur les migrations : une transition politique en manque de normes juridiques », MJSDL- RDDDM, Vol. 16, Issue I. (L’article se trouve dans la base de données).

[41] Voir Chemillier-Gendreau, Un autre droit pour un autre monde, Paris, éd. Pédone, 2019 ; voir aussi Rigaux François, L’histoire du droit international revue et corrigée par Carl Schmitt (texte transmis par l’auteur, sans date dans la base de données). Le texte a été publié, in Journal of The History Of International Law 9 (2007), pp. 233-262.

[42] Caloz-Tschopp Marie-Claire, L’évidence de l’asile, Paris, éd. L’Harmattan, 2016 (se trouve dans la base de données).

[43] Qui succèderait à l’internationalisme. Ce mot  signifie en fait un accord limité aux rapports entre les nations.

[44] Voir Chemillier-Gendreau, De la guerre à la communauté universelle. Entre droit et politique, Paris, Fayard, 2013 ; Un autre droit pour un autre monde. Comment sortir des impasses du droit international contemporain, Paris, éd. Pedone-IREDIES, Ecole de droit de la Sorbonne, 2019 (en particulier pp. 29-40.

[45] Rappelons que dans le cadre d’une recherche à l’Université de Genève, Mondialisation, Migrations, Droits de l’homme en 2006, Elle a formulé une première proposition qui mérite d’être rappelée : proposition de la création d’une Cour mondiale des Droits de l’homme qui a fait l’objet d’une analyse approfondie par ses soins. Chemillier-Gendreau M., Proposition de la création d’une Cour mondiale des droits de l’homme, Paris-Genève, janvier 2006. Texte à l’attention de la direction de la recherche  de l’Université de Genève (RUIG). Le texte a été intégré aux Actes publiées de la recherche (voir base de données).

[46] Il est postérieur à son travail de « doctrine(s) critique du droit international, Un autre droit…. Paris, éd. Pédone.  Voir aussi Chemillier-Gendreau Monique, Régression de la démocratie et déchainement de la violence, Paris, Textuel, 2019.

[47] « Jacques Derrida : politique et poétique de l’hospitalité », revue Erudit (Montréal) en ligne.

[48] Derek Attridge, The Work of Literature, Oxford, Oxford University Press, 2015, p. 280.

[49] Précisons, ici, en nous référant à ce livre en langue française, que seuls deux séminaires de Derrida de l’EHESS sont repris dans l’édition de Calmann-Lévy de ce livre : 10 janvier 1996, p. 11-71, Question de l’étranger : venue de l’étranger et 17 janvier 1996, Pas d’hospitalité, p.71-136. 

[50] En langue française et en langues diverses, à ma connaissance, un travail d’édition strict de présentation de l’ensemble des séminaires et des entretiens sur l’hospitalité de Jacques Derrida, mise en contexte de son œuvre, reste à faire. Cela incite à la prudence dans l’usage des textes accessibles.  On pourrait même ajouter qu’une des caractéristiques des textes, des corpus et des formes d’éditions par morceaux sur l’hospitalité sont partiels, éparpillés, fragmentaires, comme si aborder ce thème représentait un travail sur les résistances à penser, à parler de ce thème, sujet à controverses, à conflits.

[51] Lors des Première Assises sur le droit d’asile de la Ligue des droits de l’homme, un article fait état de la pratique des Refuges aux Etats-Unis. Voir la base de données (Fullerston).

[52] Précisons que les idées exprimées ci-dessous sont le résultat d’innombrables débats, praxis, travaux, réflexions sur les terrains de la migration, de l’asile, de droit d’asile et aussi sur d’autres terrains (travail, droit du travail, service public, politiques de la formation et de la recherche, etc.) des rapports de classe, sexe, race, des rapports entre migration et nature. L’ampleur de la base de données, les contributions en portent les traces. L’hospitalité politiquemérite de sortir de l’enclos des « étrangers » et du poids sur les concepts juridiques philosophiques dominantes de la pensée d’Etat, d’Etat-nation pour repenser l’exigence d’un « cadre » d’auto-organisation qui tienne ensemble la communauté politique, avec le souci d’une prise en compte des spécificités des divers terrains pour tisser des convergences. Je renvoie aussi aux diverses propositions déjà élaborées et rendues publiques dans l’ensemble de mes publications.

[53] Voir article Caloz-Tschopp Marie-Claire, Changer de logiciel. Article sur la désobéissance civile/civique, 2020 (base de données).

[54] Il serait possible de faire aussi état ici d’un inventaire des revendications nombreuses, multiples, de plusieurs côtés, qui existent, face à une violence d’Etat et au cynisme du capitalisme actuel qui additionne les « crimes », mais ce n’est pas le but de ce travail de mémoire.

[55] Voir à ce propos, Zuboff Shoshana, L’âge du capitalisme de contrôle, Paris, éd. Zulma, 2020. L’auteur ne s’arrête pas au contrôle de la migration en tant que telle, mais le processus sociétale qu’elle décrit permet de continuer un champ de recherche pour réfléchir à la question du contrôle et des outils des nouvelles technologies.

[56] Impliquant non seulement le droit de quitter son pays, mais la liberté politique de se mouvoir dans les deux sens cadré par les droits fondamentaux. Ce débat autour de la Convention sur les droits de l’homme souligne la logique de la souveraineté et de la territorialité d’Etat-nation est  plus vieux que l’instauration de la Convention de 1948 et exige de revoir son article 13.

[57] Les débats récents des syndicats suisses (UNIA) qui ont refusé l’accord cadre entre la Suisse et l’UE offrent des arguments sérieux au niveau du travail, du droit du travail, des droits sociaux.

[58] Voir par exemple, Perrocco Fabio (dir.), Tortura e migrazioni, Torture and Migration, Venise, ed. Ca’Foscari, 2019.

[59] Pour la situation en France, Allemagne, Royaume-Uni, voir article du journal Le Temps du 5 juin 2021.

[60] Voir l’évolution des rapports de la CIA, chaque 4 ans, par exemple.

[61] La Police fédérale pourra ordonner des mesures de contrainte sur la base de simples indices qu’une personne pourrait se livrer à l’avenir à des activités terroristes, définies notamment par des notions comme « la propagation de la crainte ». Après les réfugiés expulsables en 1994, les activistes du climat et sur d’autres thèmes, les journalistes  pourront être arrêtés. Cette loi s’inscrit dans la tendance européenne, comme d’ailleurs des atteintes à la liberté académique que le site officiel de l’Université de Genève dénonce en soulignant que la tendance est européenne et internationale. « Les libertés ne se divisent pas. Chaque entaille en appelle un autre à plus ou moins longue échéance. Quelle sera la prochaine étape ? », (voir Ph. Bach, Courrier 26/27 mars 2021).

[62] Zuboff Shoshana, L’âge du capitalisme de surveillance, N. Y, 2018 (trad. française). Voir la définition de l’auteur de ce terme, tout au début de son essai.

[63] Alors que plusieurs jugements sur des actes de désobéissance civile (multinationales, climat, droit d’asile) se durcissent.

[64] Rapport spécial de la Cour des comptes européenne présenté en vertu de l’article 287, paragraphe 4, deuxième alinéa, du TFUE : https://www.eca.europa.eu/fr/Pages/DocItem.aspx?did=58564 

[65] Rapport spécial de la Cour des comptes européenne présenté en vertu de l’article 287, paragraphe 4, deuxième alinéa, du TFUE : https://www.eca.europa.eu/fr/Pages/DocItem.aspx?did=58564 

[66] Coordination Asile Suisse, MODS, SOS-ASILE Suisse, Europe ! Montrez patte blanche ! Les nouvelles frontières du « laboratoire Schengen », Genève, éd. CETIM.

[67] Après l’étape de recrutement de personnel pour les camps, on passe au personnel policier de Frontex.

[68] Voir document de la CPS-E, 25 mai 2021

[69] Voir à ce propos, le rapport du HCR et du centre de recherche sur les migrations mixtes du Conseil danois pour les réfugiés, On this Journey, no one care if you live or die,  du 29 juillet 2020. https://www.unhcr.org/5f1ab91a7

[70] Voir Calmy-Rey Micheline, Pour une neutralité active. Préface de François Hollande. Contributions de Jean Ziegler et Roger Köppel,  Collection Savoir suisse, mai 2021.

[71] Voir notamment, detentions-arbitraires-non.ch ; les-amis-de-la-constitution.ch/loi-MPT, 2021.

[72] Voir aussi Deshusses Frédéric, « Surveiller, une passion centenaire », Le Courrier, 31 mai 2021 en annexe de cette partie.

[73] Dans Condition de l’Homme moderne, Hannah Arendt dénonçait déjà dans les années 1960, l’installation d’une société de travailleurs et de consommateurs. La moitié de la population européenne est en surpoids et l’obésité est le problème de santé publique majeure que le Covid laisse dans l’ombre. ices, ni au militaires. été décrela consommationes et policière. Elle ni au marché, ni aux politices, ni au militaires. été décrLe débat européen doit être refondé, être repris à la base.

[74] Voir le dernier Rapport de la CIA de prospective mondial de la CIA, Global Trends 2040 : A More Contested World, 2021.

[75] On comprendra que l’accent sur la politique, ne se limite pas au droit de vote et aux politiques « d’intégration », bien que ces questions soient importantes dans une conjoncture de recul des droits. Voir à ce propos, Boudou Benjamin, Politique de l’hospitalité, Paris, CNRS éd. 2017.

[76] L’usage du concept d’impérialisme, de capitalisme impérial en Suisse (et aussi de colonisation) peut paraître étrange dans un pays apparemment « neutre », une « exception » dans l’histoire, qui a collaboré avec les empires à divers moment de son histoire, mais qui n’a pas été un modèle classique d’empire colonial au sens de la France, l’Angleterre, l’Allemagne, la Belgique. « Depuis des siècles, le capitalisme suisse est au cœur du développement du capitalisme européen » (Guex Sébastien, « Les secrets d’une puissance invisible », Le Courrier, 7 décembre 2020, voir base de données) en offrant ses services bancaires et en fournissant des dispositifs et outils de domination (ex. Passeport J pour les Juifs, empreintes digitales pour contrôler les requérants d’asile). La Suisse, en se présentant comme une exception, a cependant fait partie des grandes nations impérialistes de la planète et a développé une stratégie « masquée ou feutrée » pour défendre ses intérêts, une place dans la cours des grands. Missionnaires, collaboration avec la colonisation de l’Allemagne, multinationales suisses qui dominent le monde, exploitation massive d’une main-d’œuvre étrangère (déjà 16% en 1913, 25% de la population, dont 2 millions de personnes et 200.000 travailleurs clandestins). On comprend, pourquoi j’accorde une importance particulière aux « effets boomerang » de l’impérialisme décrit par Rosa Luxemburg (voir base de données).

[77] Voir le long texte sur le laboratoire Schengen et de l’histoire et de la politique suisse du droit d’asile et d’immigration dans la base de données.

[78] Caloz-Tschopp Marie-Claire, Dasen Pierre (coord.), Mondialisation, migration et droits de l’homme. Un nouveau paradigme pour la recherche et la citoyenneté, Bruxelles, éd. Bruylant, 2007.

[79] Voir à ce propos le document  confidentiel de la présidence du Conseil européen de 1998 dans la base de données.

[80] Voir notamment, les travaux sur Centre de documentation pour le contrôle démocratique des forces armées (DCAF) situé en Suisse, www.cdcaf.ch

[81] Un exemple parmi d’autres nombreux. Nous avons pu assister, en observant le glissement d’une culture des droits à une culture « humanitaire »,  les structures et les budgets sur le terrain de droit d’asile, des politiques migratoires, le glissement du Haut Commissariat pour les Réfugiés (HCR) de l’ONU vers l’Organisation Internationale des Migrations (OIM) à mettre en lien avec la dynamique des polices dans le « laboratoire » Schengen, la construction de Fortress Europ ? analysée par Nicholas Busch, Voir la base de données, voir aussi Caloz-Tschopp M.C.,L’évidence de l’asile, Paris, l’Harmattan. 2016. L ‘OIM avait été créée par les américains pour contrôler les migrations dans la période de l’après-guerre et de la guerre froide dans un moment historique des rapports USA-Russie et de lutte anticommuniste. Aujourd’hui, pour ce qui est de l’Europe et les nouvelles données de la géopolitique globalisée, quels sont les liens entre l’OIM et Frontex par exemple ?

[82] Le discours  de Mark Zuckerberg, patron de Facebook devant le Sénat américain en est un exemple.

[83] En lisant la presse, on apprend que le Crédit suisse a perdu 4 milliards dans des opérations spéculatives, sans pour autant que des sanctions,  des mesures de contrôle soient sérieusement prises. On se rappelle le Mexique, la Grèce, 2008…

[84] Les Etats-Unis viennent de décider l’octroi d’un crédit de 150 milliards pour un méga-plan sur l’innovation technologique pour concurrencer la Chine.

[85] Voir les cas présentés par le collectif Droit de rester pour tou.te.s à Lausanne, notamment le cas des familles décrit dans une dénonciation le 9 mars 2021.

[86] « Il n’y a pas des espèces humaines, il y a une espèce humaine. C’est parce que nous sommes des hommes comme eux que les S.S. seront en définitive impuissants devant nous », autre citation de R. Antelme.

[87] Voir Antelme Robert, L’espèce humaine, Paris, éd. Gallimard, diverses éditions.

[88] Voir à ce propos les travaux de « théologie négative » (différentes religions). Voir aussi Svi Kolitz, Yossel Rakover s’adresse à Dieu, Buenos Aires, (1946), Paris, éd. Gallimard, 1988.

[89] La question du paradigme est présente dans les travaux depuis de longues années. La recherche interdisciplinaire de l’Université de Genève en collaboration avec le BIT et le HCR,  Mondialisation, Migration, Droits de l’homme en fait explicitement référence. Voir les documents de 2007 sur cette recherche dans la base de données.  Je n’aborde pas ici les liens entre la notion de paradigme avancée par Popper et la notion de modèle qui provient des sciences.

[90] Chomsky Noam, Danger d’extinction – changements climatiques et menace nucléaire, Paris, éd. Ecosociété, 2020. Voir aussi, Chollier Alexandre, « Menace nucléaire sans fin », Le Courrier, 4 mars 2021.

[91] Arendt Hannah, Essai sur la révolution, Paris, Telgallimard, 1963.

[92] Arendt Hannah, Qu’est-ce que la politique ? Paris, éd. Seuil, 1993.

[93] Balibar Etienne, Violence et Civilité, Paris, éd. Galilée, 2020.

[94] Parmi de nombreux travaux philosophiques sur le sujet dans diverss endroits du monde, un texte d’une femme philosophe de Belgique attire mon attention. Voir Vinciane Despret, Autobiographie d’un poulp, Paris, Actes Sud 2021. Je pense aussi, à ce que les luttes indiennes de Colombie m’ont appris (voir base de données).

[95] La migration, l’asile, le droit d’avoir, l’exil, le desexil, les expulsions forcées, les emprisonnements « administratifs » d’individus innocents, la non assistance à personnes en danger, les limites de l’inventaire des crimes établi, etc. ont été des notions qui ont été explorées amplement et dont font état de nombreux textes de la base de données.

[96] Au moment où j’écris j’apprends qu’au CERN à Genève, a été découverte une nouvelle force de la nature. « Si cela se confirmait, ce serait la plus grande découverte de ces dernières décennies dans la physique des particules » (Horizons, magazine suisse de la recherche juin 2021). Rien n’est comparable dans les sciences humaines et sociales, sauf peut-être la découverte de la démocratie, mais c’est une découverte fragile, oubliée, réinventée, pratiquée sans assurance ! Des pages lumineuses de Castoriadis m’ont amenée à dégager ce que j’ai appelé le « vertige démocratique » (voir base de données).

[97] Le thème démographie et migration suscite des débats plus passionnels que rationnels dans les repas de famille ou dans les bistrots. Le thème de la migration des Africains est un autre terrain de cristallisation des croyances. « Les migrations africaines sont bien plus diverses et complexes qu’on ne pourrait le penser. Non seulement la proportion d’Africains qui décident de tenter l’aventure vers l’étranger est relativement faible, mais la plupart des migrants ne cherchent pas à aller vers l’Europe : ils restent sur le continent. Les Presses Universitaires du Québec viennent de publier un ouvrage collectif qui s’éloigne des approches réductrices sur ce sujet. Il s’intitule Migrations et gouvernance en Afrique et ailleurs. (…) », Sylvie Bredeloup, https://www.rfi.fr/fr/podcasts/invit%C3%A9-afrique/20210301-sylvie-bredeloup-les-routes-de-la-migration-africaine-m%C3%A8nent-rarement-%C3%A0-l-europe

[98] Voir Caloz-Tschopp, La liberté politique de se mouvoir…. (partie sur Kant), 2019.

[99] Hobbes Thomas, Léviathan ou Matière, forme et puissance de l’Etat chrétien et civil (1651).

[100] Schmitt Carl, La notion de politique. Théorie du partisan, Paris, Champs, Flammarion, (1972), 1992.

[101] Bauer Otto, La question des  nationalités et la social-démocratie, 2 vol., Montréal, éd. études et documentation internationales-Arcantère, Guérin littérature, 1987.

[102] C’est une des voies prises par Hannah Arendt, dans son livre L’impérialisme pour analyser « le totalitarisme ». Tome 2 des Origjnes du totalitarisme, Paris, poche, 1972.

[103] Voir notamment, Weil Simone, L’IIiade ou le poème de la force, Paris, éd. l’Eclat, 2014 ; Arendt Hannah, Qu’est-ce que la politique ? Paris, Seuil, 1995 et suivantes.

[104] Arendt Hannah, « La désobéissance civile », Du mensonge à la violence, Paris, Calmann-Lévy, Agora-poche, 1972, pp. 53-105.

[105] Insel Ahmet, Quelle possibilité de désobéissance civile face à un autoritarisme tournant vers l’autocratie, 2020 (voir base de donnée). Caloz-Tschopp Marie-Claire, Désobéissance. Changer de logiciel », revue Choisir, janvier 2020.

[106] Balibar Etienne, Violence et Civilité, Paris, éd. Galilée, 2010. Base d’un séminaire entre Isbanbul et Genève.

[107] Une telle critique est mise en place en 2021-2022, par un voyage zapatiste vers l’Europe, de « conquête inversée ». Voir Baschet Jérôme, Chiapas (Mexique). « L’invasion zapatiste commence ! », 26 avril 2021, repris dans Archipel,  juin, 2021.

[108] Bouanama Saïd, « Mondialisation capitaliste, eurocentrisme et immigration. Une prolétarisation du monde », Calame Claude, Fabart Alain (coord.), Migrations forcées. Discrimination et exclusions, Paris, éd. Croquant, 2020. pp. 117-141.

[109] Voir Guillaumin Colette, « Femmes et théories de la société : remarques sur les effets théoriques de la colère des opprimées », Sociologie et sociétés, vol. 13, no. 2, 1981, p. 19-32. Se trouve dans la base de données (annexe du Sommaire général).

[110] L’expérience et la mémoire ont pesé de tout leur poids. Des répétitions parfois sont le signe que des questions apparaissaient par couches, se répètent et qu’il fallait tenter de ne pas les laisser filer avant même de les voir, de les prendre en main et de les analyser. Qu’il fallait vivre l’inconfort. Les méditer. Dans le travail de coordination, j’ai tenté de mettre en forme des intuitions, étonnements, colères, fatigues, enthousiasmes, constats établis après coup et d’engager le mouvement d’élucidation d’énigmes à creuser, d’un projet « à faire » en chantier pour les  transformer en actions et en recherches futures.

[111] Cette appellation renvoie surtout ici aux textes d’auteurs qui ont pris le risque de parler, d’écrire, qui se trouvent dans la partie Proposer. Interroger sans savoir (voir sommaire et base de données).

[112] Voir ce que dit Jacques Derrida, par exemple, sur la notion « d’étranger », dans un de ses Séminaires, in De l’hospitalité. Anne Dufourmentelle invite Jacques Derrida, Paris, Calmann-Lévy, 1997, p. 11-71.

[113] Rappelons que notamment H. Arendt distingue entre pouvoir de domination et puissance d’action et qu’Etienne Balibar propose de se déplacer du pouvoir à la violence pour envisager théoriquement et pratiquement la politique.  Ces ancrages sont fondamentaux pour une nouvelle philosophie de  la politique.

[114] Voir ces deux références dans la base de données.

[115] Voir à ce propos, Caloz-Tschopp Marie-Claire, La liberté politique de se mouvoir…. 2019 (livre dans la base de données).

[116] Dans la recherche sur les professionnels du service public, lors des entretiens oraux effectués, j’ai pu constater, combien par exemple, à l’intérieur de l’Etat, dans des fonctions très diverses dans la hiérarchie, quand je demandais si la personne pouvait me relater des actes de désobéissance à l’Etat, la négation était immédiate car interdite dans la fonction. Je me souviens de l’exemple d’un policier de base à qui je demandais comment il faisait alors, il m’a raconté comment il avait glissé des dossiers sous la pile de dossiers pour retarder une expulsion. Il faudrait aussi parler des stratégies de ruse de femmes migrantes.

[117] Voir à ce propos, Caloz-Tschopp Marie-Claire, La liberté politique de se mouvoir… Paris, éd. Kimé, 2019, pp. 181-241 (sur la liberté politique pour H. Arendt).

[118] Voir à ce propos, Caloz-Tschopp Marie-Claire, La liberté politique de se mouvoir. Desexil et création : philosophie du droit de fuite, Paris, éd. Kimé, 2019.

[119] Sans souci d’exhaustivité, nous avons rajouté, à titre d’exemple et pour ouvrir l’imaginaire, un annexe utile (formation, recherche) au Sommaire général avec des déclarations, textes fondateurs, travaux de recherche signalant des apories et aussi des luttes dans divers domaines.

[120] Je ne m’arrête pas ici au rapport au temps, qui est un sujet en soi.